
Jusqu’au 2 septembre 2020 est disponible sur arte TV « Willy Ronis les combats d’un photographe », un documentaire retraçant l’œuvre du photographe engagé.
Alternant commentaires de certaines photographies et interview passionnantes de l’artiste, le documentaire permet de découvrir ou de redécouvrir l’œuvre, la pensée et la trajectoire d’un des plus grands reporters photographes.
On devra bien évidemment supporter la voix off qui pleine de componction est incapable de se départir de son anticommunisme primaire, et du poids des chaines de l’idéologie. Comment les auteurs du documentaire incapables de dépasser leur a priori pourraient-ils voir, comprendre, la sincérité des reportages de Ronis en R.D.A, eux qui n’arrivent pas à trouver le mot censure pour désigner l’ostracisation de ce photographe rouge qui, pour avoir osé dénoncer l’instrumentalisation de ses images par les magasines au service de l’idéologie capitaliste, verra se fermer les portes des publications?
Avec Ronis derrière l’appareil, l’humanité est dans le champ. Sans trucage, mais avec sincérité et émotion le photographe rend visible le monde des prolétaires. La rigueur des compositions, la subtilité des éclairages, la sensibilité de la distance, tout concourt à donner à voir la lutte des classes et la dureté de l’exploitation, mais aussi la beauté du travail et de la production, ainsi que l’aspiration à la vie et au bonheur du peuple.
Dans ce documentaire, c’est là toute la profondeur du regard d’un photographe humble que l’on découvre. Willy Ronis regrette l’impuissance du photographe à changer le monde, et constate avec humilité la grande qualité des travaux photographiques produits par d’autres. Cartier-Bresson voulait être peintre, Ronis compositeur. Derrière la diversité des trajectoires de ces deux monstres sacrés de la Photographie, un point commun: la volonté d’inscrire le mouvement du monde dans la fixité d’un instantané.
Transformer le désordre en harmonie, c’est un souci constant.
Willy Ronis
« Transformer le désordre en harmonie » dit Ronis, ou comment synthétiser en peu de mots la dialectique photographique. Mais, il nous faut ici être reconnaissant à l’œuvre de Ronis,: toute entière, de son début alors même que montent les périls fascistes, à sa poursuite dans l’adversité et la solitude de la Guerre froide , il l’a construite en toute indépendance au côté des siens, au côtés des exploités, c’est là la grande singularité de Ronis dans un monde de la photographie organisée autour de la diffusion des images par les grandes agences.
Ma sympathie va vers les exploités et les humiliés…
Willy Ronis
Avec Willy Ronis, les exploités ont eu un photographe capable non seulement de parler d’eux mais de parler pour eux et avec eux.
Cet engagement auprès des exploités et pour l’idéal de fraternité qu’est le communisme, Willy Ronis l’a assumé jusqu’à sa mort sans renier en rien le regard qui a été le sien de Belleville à Berlin Est et de New York à Moscou. Cette constance dans l’engagement est remarquable quand tant de compagnons de route du PCF en ont suivi la mutation avec la disparition du bloc de l’Est.
