
Classé « cinéaste politique », Yves Boisset avait subi la censure dès son premier film : « Un Condé ». Une oeuvre modifiée suite aux menaçantes pressions venues de la place Beauvau. Il fit face combattre courageusement. L’ire ministérielle ne le détourna pas des sujets qui fâchent. Celui, toujours actuel de la torture lors de la guerre d’Algérie (R.A.S.). Celui plus social du racisme. Peu de patronymes d’anti-héros cinématographiques deviennent des noms communs. Ce fut le cas pour Dupont-Lajoie, titre d’un de ses films.
On était en 1975. Deux ans plus tard, la censure frappa à son tour « Le juge Fayard ». Le rôle-titre était inspiré du sort d’un magistrat assassiné. Etaient mis en cause les liens entre la pègre et le service d’ordre d’un parti gouvernemental. Dirigé par Pasqua, ce SAC obtint de ne pas être cité. Son nom fut remplacé par un « bip » sonore que le public vint entendre en masse.
Inspiré du polar, le style Boisset servait l’efficacité du message. Certes la « leçon » politique était relative et le plaidoyer pour une justice indépendante plein d’illusion. Mais l’époque actuelle sait-elle aussi bien ridiculiser la répression et retourner contre les censeurs la pointe de leurs ciseaux. ?
Olivier RUBENS