
Paris – 31 mars 2025 – Par Floréal, PRCF – Nous n’entrerons pas ici dans le débat juridique à propos du jugement rendu ce 31 mars au sujet de l’affaire dite des assistants parlementaires du Rassemblement lepéniste.
Incontestablement, le RN, qui se pose depuis toujours en redresseur de torts de la vie politique, est lourdement fautif dans cette affaire et Marine Le Pen, qui est avocate, ne pouvait ignorer que le fonctionnement de son parti n’avait pas à être financé par ledit « Parlement européen » – c’est-à-dire, dans une large mesure, par les contribuables français. Il est donc logique que les juges lui aient appliqué la même échelle de sanctions, y compris en termes de prison et d’inéligibilité, que celle qui eût été appliquée à tout autre citoyen ayant détourné des fonds publics. En l’occurrence, il s’agit de la loi Sapin II adoptée fin 2016 et dont l’application dans le cas présent est justifiée par « l’ampleur », « la durée » et le « caractère organisé, systématisé » de ladite corruption.
D’un autre côté, on peut se demander pourquoi le droit constitutionnel d’attendre le prononcé d’un jugement d’appel pour rendre exécutoire un verdict de première instance semble ici contourné. En effet, le jugement du 31 mars assortit d’une « exécution provisoire » la peine d’inéligibilité de cinq ans interdisant à Marine Le Pen de se présenter à une présidentielle qu’elle prétend, avec le soutien de l’ensemble de l’appareil médiatique des milliardaires, avoir des chances (hélas !) de gagner. Le principe de la séparation des pouvoirs qui est allégué en l’occurrence ne vient-il pas percuter dans le cas présent, qu’il le veuille ou non, la clé de voûte de tout système démocratique qui est, selon Jean-Jacques Rousseau, la souveraineté du peuple ? Déjà sévèrement entamée depuis des années par l’oligarchie euro-atlantique, la souveraineté du peuple risque encore moins de s’exercer si l’on interdit à la candidate du premier parti représenté comme tel au Parlement de candidater à l’élection phare de la Cinquième République. Nous le rappelons d’autant plus fortement que les communistes ont toujours été les opposants les plus acharnés à l’extrême droite et à sa nostalgie mal déguisée des pires époques de notre histoire : c’est-à-dire à tout ce que représente, malgré ses tentatives de « dédiabolisation », le Rassemblement lepéniste [1] ?

Il faut cependant souligner que le RN n’est pas interdit de candidature et c’est ici, pour leurs responsabilités personnelles irréfutables dont les débats du procès ont mis en exergue la particulière gravité, que les juges ont rendu à l’encontre de Le Pen et ses comparses leur verdict, faisant application factuelle de la loi. En réalité, le véritable scandale démocratique ne vient pas tant de la condamnation de Marine Le Pen et de ses lieutenants – qui doivent rendre des comptes à la justice comme n’importe quel citoyen, et encore plus lorsqu’est en jeu la corruption des représentants du peuple -, pas plus que dans celle toute récente de Nicolas Sarkozy. Le véritable scandale vient de l’incroyable immunité dont dispose la Macronie face à la multiplication des scandales d’État (que l’on se souvienne d’Alstom quand Emmanuel Macron était ministre de l’Économie du gouvernement Valls !) et des affaires politico-financières (voire de mœurs terribles, lire ici) dans laquelle se retrouvent impliqués ses membres. C’est cette monstrueuse distorsion qui ne peut qu’entretenir la défiance – croissante et légitime – des travailleurs face à une oligarchie euro-atlantique désormais prête à tout pour conserver le pouvoir et pour empêcher les forces réellement alternatives comme celles faussement « souverainistes » (en l’occurrence ici, Marine Le Pen) de parvenir au pouvoir.

De ce point de vue, il est impossible d’oublier le contexte européen de cette décision judiciaire qui déclenche déjà une tempête médiatique mondiale. Celle d’une UE-OTAN en marche vers la guerre antirusse, voire vers la guerre antichinoise [2]. Une UE qui flirte partout avec les nostalgiques baltes, ukrainiens, italiens, etc. des Hitler, Bandera et autre Mussolini, une UE qui met partout en place des lois liberticides et des dispositifs anticommunistes et qui partout, confrontée qu’elle est au rejet populaire des « élites » atlantistes par les masses populaires, s’est habituée à « passer en force » en piétinant l’avis des peuples européens censément souverains. Souvenons-nous du Non français (et du « Nej » néerlandais!) à la constitution européenne (un Non que Macron bafoue insolemment quand il lance présentement la marche à l’État fédéral européen…) en 2005 ou du rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais en 2008. N’oublions pas les pays européens que Bruxelles a fait voter et revoter jusqu’à ce qu’ils votent « bien ». À tout cela, Madame Le Pen et le RN, qui encore récemment ont décidé de soutenir et de maintenir le gouvernement Bayrou, n’ont rien à redire, eux qui se prononcent contre la sortie de l’Union Européenne.
Ayons aussi en tête l’invalidation récente d’un candidat à la présidentielle roumaine dont le « tort » était de refuser l’implication de la Roumanie dans la guerre continentale en préparation, avec un large déploiement de troupes françaises. Dans la même veine « démocratique », rappelons la tentative d’assassinat (heureusement ratée) dont a été victime un Premier ministre slovaque censément euro-sceptique. Pensons aussi à la « révolution orange » présentement téléguidée par Bruxelles à l’encontre des autorités serbes et gardons en mémoire l’euro-tentative récente de renverser le pouvoir légal en Géorgie. Ou encore la manière dont la Moldavie vient d’être catapultée du côté atlantiste à l’issue d’un référendum dont l’organisation favorisait les Moldaves résidant dans l’UE tandis que ceux qui vivent en Russie étaient mis dans l’incapacité matérielle de voter…
Bref, dans cette affaire des plus glauques, le rôle des vrais communistes ne sera évidemment pas de plaindre la « pauvre » Marine qui s’est cru tout permis, qui s’est laissé piéger, appâtée par les fonds de l’Union européenne, par son cher prétendu « Parlement européen » (!) et qui est maintenant placée devant ses contradictions. Pas plus qu’il ne s’agira pour nous de cautionner la mécanique politico-médiatico-juridique bien huilée de cette Ve « République » oligarchique qui, bien plus que ne le ferait une « menace existentielle étrangère planant sur la France », dissout notre pays dans l’acide de la « construction » européenne, broie nos conquêtes sociales au nom des critères de Maastricht, substitue le tout-anglais transatlantique à la langue française, délocalise nos dernières industries, strangule notre agriculture paysanne, asphyxie nos services publics, bloque nos salaires, bâillonne nos libertés avec la complicité de l’extrême droite (Cf. l’entreprise actuelle, appuyée par le RN ami de Netanyahou, visant à museler les amis de la cause palestinienne!), flirte partout avec les pires fachos (Meloni et les dirigeants crypto-nazis des pays baltes sont devenus des pièces maîtresses de l’architecture euro-atlantique!), et met en place une « économie de guerre » et une marche à la conflagration avec l’armée russe qui risquent de ne pas laisser pierre sur pierre de notre patrie déliquescente. Prière donc de ne pas nous jouer le grand air de « la grande démocratie européenne terrassant l’hydre fasciste », ça ne prend pas davantage que le chromo bleu marine de « l’establishment persécutant le pauvre petit RN » !

En réalité, l’Empire européen dont Macron, ainsi que sa rivale et complice von der Leyen du reste, se verrait bien le futur premier président en titre, ne veut tolérer aucun retard dans l’exécution de sa feuille de route guerrière, austéritaire et liberticide et pour cela, il est prêt à tout broyer sur son passage. Mais COMPLÉMENTAIREMENT, l’extrême droite se comporte de moins en moins en trublion de cette Europe en marche vers la revanche sur Stalingrad et les avancées sociales de 1945. Or, bien que Meloni, Le Pen et Cie aient cent fois montré « patte bleue » en affichant leur ralliement à l’UE-OTAN, à l’euro et à la guerre antirusse, le RN reçoit aujourd’hui le coup de pied au c… que méritent ses reniements, prix du soutien électoral et financier que ce parti, qui se dit patriote et qui n’est que xénophobe, voulait obtenir de l’oligarchie française « postnationale » et fanatiquement pro-OTAN et pro-UE.
Dans ces conditions, la seule ligne juste pour nous, communistes, patriotes républicains, démocrates et internationalistes, c’est d’appeler le peuple, à reconstruire ses outils de classe : syndicalisme de classe, parti communiste de combat, rassemblement populaire anti-UE, anti-OTAN et anti-Le Pen, liens internationalistes avec tous les peuples en lutte pour la paix. Plus que jamais, sans faire allégeance à quelque fraction que ce soit de l’oligarchie, qu’elle usurpe le drapeau tricolore ou qu’elle se drape dans le drapeau belliciste de l’UE, les vrais républicains confrontés à l’euro-décomposition de la démocratie bourgeoise doivent se souvenir que « le problème, c’est EUX, les serviteurs du grand capital, et que la solution, c’est nous, le monde du travail, la jeunesse populaire se souvenant de 1789, du 10 août 1792, de la Commune de Paris et du « Paris soi-même libéré » du 8 mai 1945. Plus que jamais, que « le peuple souverain s’avance » sans déléguer à personne le soin de son émancipation !
[1] L’auteur de ces lignes a fait sa première manifestation anti-FN à Menton en 1974 sous les couleurs de l’Union des Jeunesses communistes de France : prière de ne pas lui donner des leçons d’antifascisme!
[2] « Si nous ne pouvons même pas vaincre les Russes, comment pourrons-nous vaincre les Chinois ? » a osé ingénument demander Kaja Kallas, la ministre européenne balte de la « diplomatie » (que serait-ce si elle n’était pas diplomate!)…
