
Déclaration commune des animateurs du site québécois « Perspectives communistes » (Guy Roy et André Parizeau) et du Pôle de Renaissance Communiste en France (Fadi Kassem, Georges Gastaud, Vincent Flament) – 31 août 2026
Fût-il tardif et insuffisant, le sursaut de dignité du Premier Ministre canadien face aux pressions commerciales et annexionnistes grossières de Trump à l’encontre du Canada voisin est salutaire. Mais il n’eût sans doute pas eu lieu si, depuis plusieurs années, le mouvement ouvrier et populaire québécois ne menait un combat tenace pour la justice sociale tout en assumant fièrement l’identité culturelle et nationale du Québec francophone. Quand un peuple se dresse pour défendre son travail, ses services publics, sa culture et sa langue, il contraint jusqu’aux gouvernants les plus timorés à compter avec la souveraineté nationale.
De proche en proche, cette pression ouvrière et populaire oblige en effet le Parti Québécois (PQ) à se radicaliser : il reprend des revendications sociales que le néolibéralisme cherche à réprimer et se prononce plus nettement pour l’indépendance du Québec. Car l’indépendance n’est pas seulement une formule constitutionnelle. Elle n’a de portée réelle que si elle permet au peuple travailleur de rompre avec les tutelles impérialistes, avec les multinationales prédatrices et, culturellement parlant, avec l’écrasante domination du tout-anglais aliénant sur l’ensemble des langues et des cultures de la planète en général et de l’Amérique du Nord en particulier.
Lorsque Trump, désireux d’avaler économiquement le Canada, si ce n’est de l’annexer purement et simplement, tonne contre la langue française, il vise juste du point de vue lourdement hégémoniste qui est le sien: en effet, la présence et le dynamisme du français en Amérique constitue un obstacle majeur à l’annexion totale, et plus globalement à un projet « M.A.G.A. »(Make America Great Again) qui vise ouvertement à arborer la bannière étoilée du Labrador à la Terre de Feu en annexant au passage le Groenland, le Venezuela, Cuba socialiste et, pourquoi pas demain s’il le peut, la Martinique, la Guyane, St-Pierre et Miquelon et la Guadeloupe.
On constate ainsi qu’une langue n’est pas qu’un instrument de communication: elle porte nécessairement une histoire politique, une mémoire collective, une littérature, une chanson, des musiques, une manière de nommer le monde, une capacité de penser et de décider sans demander l’autorisation de Washington ou de Wall Street, en un mot, mille ferments de résistance et de créativité populaires.
Voilà pourquoi, avec l’aide empressée de dirigeants vassalisés comme Macron, l’hégémonisme euro-atlantique tente partout d’imposer aux peuples une langue unique, cet anglo-américain globalitaire (distinct du reste de la langue anglaise proprement dite) ce « globish English » qui sert de socle linguistique à la marchandisation universelle, à la consolidation de l’empire euro-atlantique en gestation, à la concurrence exacerbée (et/ou aux droits de douane léonins) destinée à écraser tous les salariés et tous les travailleurs indépendants du monde: car tous ils subiront l’écrasement des salaires, des services publics et de la protection sociale si le grand capital à la Ellon Musk parvient à imposer partout le tryptique globalitaire formé par le tryptique du tout-globish, du tout-numérique et du tout-IA!
On voit alors le Canada fédéral, si souvent prompt à contester les lois québécoises de protection linguistique, se découvrir soudain une inquiétude. Non par amour subit de cette Francophonie qu’Ottawa a toujours méprisée, mais parce qu’il comprend que le Québec, pour sauver sa langue et sa dignité nationale, voire son existence, pourrait ne plus avoir d’autre issue que la sécession. Or le départ du Québec porterait un coup fatal à l’État fédéral lui-même ; il achèverait de transformer ce qui resterait du Canada en appendice de l’empire étatsunien, livré au projet M.A.G.A. et à son rêve brutal de mainmise sur « notre hémisphère occidental », comme le dit Trump avec une incroyable arrogance.
Cette situation révèle une vérité que « Perspectives communistes » et le PRCF portent ensemble sans ambiguïté : l’internationalisme n’est pas l’effacement des nations, encore moins leur alignement dévastateur sur la langue du capitalisme dominant. L’internationalisme véritable passe par l’alliance libre des peuples souverains. Il suppose que chaque peuple puisse parler sa langue, enseigner son histoire, développer sa culture et bâtir démocratiquement ses rapports avec les autres nations. Car la diversité linguistique et culturelle n’est pas moins indispensable à la dignité des personnes et à la respiration des peuples que ne l’est la biodiversité dans l’ordre naturel et environnemental.
Les communistes doivent donc refuser deux impasses symétriques. La première est le chauvinisme, qui transforme la nation en arme contre les autres peuples et qui détourne les travailleurs de leur ennemi de classe: le grand capital, l’impérialisme. La seconde est le cosmopolitisme bourgeois, qui feint de mépriser les nations mais sanctifie en réalité l’ordre impérialiste, l’anglo-américain obligatoire, le libre-échange débridé (ou les droits de douane écrasants selon que cela sert ou pas Washington dans telle ou telle conjoncture…) et la circulation sans entraves des capitaux. Entre ces deux impasses existe la voie du patriotisme populaire, cet allié de principe de l’internationalisme des prolétaires : aimer son pays non pas pour dominer autrui, mais pour le soustraire aux dominations étrangères et aux oligarchies « nationales »… Et pour coopérer sur des bases fraternelles avec tout autre pays du monde comme l’a toujours fait Cuba socialiste avec les autres pays souverains de l’Alternative Bolivarienne des Amériques.
La défense du français au Québec, en France, en Belgique, en Suisse, en Afrique et partout dans la francophonie ne doit donc jamais se réduire à une querelle de grammaire ou à une nostalgie culturelle. Elle relève d’une bataille démocratique mondiale contre l’uniformisation capitaliste avec en ligne de mire la possibilité pour chaque pays de construire, s’il en décide ainsi, une société socialiste recentrée sur le monde du travail.
C’est pourquoi la souveraineté des peuples et la diversité linguistique mondiale ont besoin des communistes. Sans eux, la langue risque de devenir le patrimoine inoffensif et folklorisé d’élites cultivées ; avec eux, elle peut redevenir l’affaire du peuple travailleur, classe ouvrière et jeunesse populaire en tête, c’est-à-dire l’instrument vivant de sa dignité, de sa conscience et de sa libération.
Quelles leçons tirer de ces constats?
La première est que la lutte des classes est bonne pour la souveraineté des peuples — et réciproquement. Lorsqu’un peuple lutte pour les salaires, les services publics, la protection sociale, l’école, les retraites et la maîtrise publique de l’économie, il se heurte nécessairement aux intérêts du grand capital étroitement lié aux puissances impérialistes et aux institutions supranationales. Inversement, un combat réel pour la souveraineté nationale ne peut aller jusqu’au bout sans s’appuyer sur le monde du travail et sans mettre en cause les classes possédantes. L’émancipation sociale et l’émancipation nationale ne sont donc pas deux combats rivaux : comme l’avait compris Jean Jaurès, mais aussi Georges Dimitrov, secrétaire général de l’Internationale Communiste en 1935, elles sont les deux faces d’une même bataille contre la domination.
La deuxième leçon est que les communistes québécois et français sont confrontés à des problématiques analogues, voire communes. Au Québec, le mouvement communiste doit militer sans ambiguïté pour l’indépendance laïque et républicaine, non comme repli identitaire, mais comme la condition politique d’une rupture démocratique, sociale et anti-impérialiste. Complémentairement, le mouvement souverainiste doit cesser d’avoir peur des communistes car seule la classe ouvrière, alliée aux paysans, aux jeunes, aux intellectuels progressistes et à l’ensemble des couches populaires, peut mener jusqu’au bout le combat souverainiste, laïque et républicain. Car elle seule peut affronter durement le grand capital et l’impérialisme yanqui, au lieu de négocier sans fin avec eux en se laissant toujours in fine récupérer et vassaliser par l’oligarchie.
En France également, le peuple travailleur ne pourra reprendre le chemin du socialisme sans extraire le pays de l’Union européenne arrimée à l’OTAN. L’UE est en effet une machine à casser les acquis sociaux, à déréglementer les services publics, à dissoudre les souverainetés nationales et à accélérer la marche suicidaire vers une guerre continentale antirusse. L’UE pousse aussi à l’imposition du tout-anglais dans les institutions, l’économie, la recherche, l’enseignement supérieur et la culture, avec l’appui actif d’Emmanuel Macron et sous la houlette du chancelier Merz et d’Ursula von der Leyen. Mais, symétriquement, la souveraineté française ne saurait être reconquise par une bourgeoisie prétendument patriote qui, tout en parlant de frexit, refuserait d’affronter le capital. Car le projet stratégique central du grand capital européen, de même que celui de la grande bourgeoisie postnationale « française » est précisément l’État fédéral européen : une construction technocratique, atlantiste et militarisée, destinée à neutraliser les conquêtes démocratiques obtenues dans les cadres nationaux. Sortir de l’UE sans rompre avec le pouvoir des banques et des multinationales reviendrait tôt ou tard à changer de drapeau sans changer de maître si ce n’est, comme tentent de le faire les gouvernants « travaillistes » anglais, à revenir en courant dans le giron de l’UE supervisée par Washington !
La troisième leçon est que, dans tous les cas, il faut construire des partis communistes forts, indépendants de la bourgeoisie (grande, petite et moyenne) et fortement ancrés dans les luttes. Sans de tels partis de classe, le monde du travail ne pourra pas jouer son rôle de chef de file naturel de l’émancipation nationale. Les ouvriers risquent alors d’être réduits au rôle de porteurs d’eau de la bourgeoisie souverainiste ; et, si elle est livrée à elle-même, celle-ci finit toujours par s’arrêter en route, parce qu’elle redoute d’affronter le capital « national » et l’impérialisme étranger. A l’inverse, un parti communiste digne de ce nom lie le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » (Lénine) à la nationalisation des secteurs stratégiques, à la planification démocratique et à la coopération internationale. Il fait de la langue populaire une arme de culture, de pensée critique et de pouvoir démocratique.
La quatrième leçon est qu’à notre époque plus que jamais, « l’émancipation nationale est le socle de l’émancipation sociale ». Auteur de cette formule, Jean Jaurès rappelait que « la nation est le seul bien des pauvres ». Cette formule ne signifie nullement que les travailleurs devraient se ranger derrière leur bourgeoisie ; elle signifie qu’ils ne possèdent réellement leur pays que lorsqu’ils peuvent y exercer leur souveraineté politique, sociale, culturelle et économique, et cela n’est possible pleinement que dans le cadre du socialisme où les moyens de production stratégiques appartiennent à la société, où le pouvoir politique se centre fortement sur la classe laborieuse et où cette dernière dispose pour accomplir sa mission émancipatrice d’un parti de classe bien à elle, d’un parti communiste.
Si la France engageait un Frexit progressiste, une gigantesque confrontation de classes en sortirait inévitablement, et sans doute, pas seulement à l’échelle de l’Hexagone. La question de la propriété des banques, de l’énergie, des transports, de l’industrie, du commerce extérieur et des grands moyens d’information serait aussitôt posée. Loin de clore le débat comme le croient les souverainistes de droite, la reconquête de la souveraineté le porterait à son plus haut niveau : celui de la révolution sociale.
De même, si le Québec sortait du Canada anglophone et royal pour affronter le très réactionnaire projet M.A.G.A., les patriotes québécois devraient tôt ou tard choisir. Ou bien, par crainte du pouvoir de la classe laborieuse, finir par plier le genou devant le chef de file mondial du capitalisme et accepter d’être phagocytés par Washington ; ou bien engager une rupture avec le capitalisme et avec ses mécanismes de mort et d’asservissement. Une telle rupture rouvrirait une brèche internationaliste au flanc du projet impérial et pour le moins fascisant que porte le mouvement M.A.G.A.: ce serait une immense bouffée d’oxygène pour l’autre Amérique, celle des peuples libres, égaux et fraternels dont rêvèrent de différentes façons Marti, Bolivar, Zapata, Sandino, Prestes, Fidel, Guevara, Gladys Marin ou Chavez, sans parler de Toussaint Louverture, d’Aimé Césaire, des Patriotes québécois de 1937 ou, aux Etats-Unis d’Amérique même, de Malcom X.
Les communistes français et québécois ont donc avantage à renforcer leurs liens et c’est à quoi travaillent sans exclusive aucune le PRCF et « Perspectives communistes ». Cette entente se conçoit comme une contribution modeste, certes, mais utile à son niveau, pour relancer l’internationalisme communiste, le marxisme-léninisme et l’internationalisme des prolétaires. Elle doit aussi tendre fraternellement la main, faut-il le dire, aux travailleurs du Canada anglophone, des États-Unis et de toute l’Europe, car plus que jamais il faut choisir entre coalitions guerrières transatlantiques et nouveau monde pacifique fondé sur la fraternité des peuples.
Face à l’impérialisme, à l’uniformisation linguistique, à la guerre sociale, aux menaces d’invasion yanqui qui pèsent lourdement sur Cuba et aux fauteurs de guerre mondiale de l’hégémonisme euro-atlantique, le mot d’ordre demeure indissociablement : souveraineté des peuples, fraternité internationale des travailleurs, marche au socialisme!
Revue de presse avec Perpsectives Communistes pcq.qc.ca & alsn.quebec
Vers un Québec indépendant, anti-impérialiste et socialiste !
Le programme du PCQ puis de l’ASLN (actions socialiste de libération nationale) adoptés et mis à jours lors des congèrs successifs depuis 2008, base d’unité politique :
https://www.pcq.qc.ca/Dossiers/PCQ/Congres/Congres2022/ProgrammePolitiqueDuPCQVersion2024.pdf
Assujetissement du Canada : Mark Carney en dessous de ce qu’un politicien qui se tient debout ferait :
Mark Carney suspend finalement les négociations avec Washington, des suites de la décision américaine d’imposer ses nouveaux tarifs, mais ce qu’il propose demeure bien en dessous de ce qu’un politicien qui se tient debout, ferait. Un changement complet de paradigme s’imposerait plus que jamais. Pour le mouvement indépendantiste québécois, c’est en même temps une chance en or pour se démarquer.
https://www.perspective.quebec/Dossiers/Autres/Archives/page_article.php?article_id=10221&type_id=2
Les limites du secteur privé, comme panacée à tous nos problèmes, à nouveau mises à nu.
https://www.perspective.quebec/Dossiers/Autres/Archives/page_article.php?article_id=10217&type_id=2
La guerre tarifaire de Donald Trump n’empêche pas les travailleurs de chez ArcelorMittal de faire grève quand même
https://www.perspective.quebec/Dossiers/Autres/Archives/page_article.php?article_id=10204&type_id=2
Cela va prendre pas mal plus que des demi-mesures pour affronter ce qui nous attend avec, comme perspective, une intensification de la guerre tarifaire avec les USA.
Avec ce que Mark Carney vient d’annoncer, les Libéraux restent fidèles à leur approche consistant le plus souvent à faire parfois 1 pas en avant, pour ensuite en faire autant, sinon plus, en arrière.
https://www.perspective.quebec/Dossiers/Autres/Archives/page_article.php?article_id=10231&type_id=2
Les plus récents chiffres sur le « Québec inc » illustre la chute libre de ce supposé gage d’avenir pour nous.
Le nombre de PME serait en nette régression, au profit des multinationales étrangères qui, elles, en mèneraient de plus en plus large. Voilà bien tout un signal d’alarme de plus.
https://www.perspective.quebec/Dossiers/Autres/Archives/page_article.php?article_id=10202&type_id=2
L’histoire des avions Canadair : un succès toujours mondialement reconnu et le fruit du génie québécois, mais …
Le fait que plus aucun de ces avions n’aura été construit depuis maintenant plus de 10 ans, sans qu’on puisse vraiment savoir quand, au juste, d’autres pourront à nouveau être livrés à partir d’une usine désormais située à Calgary, est à l’image de ce qu’est le capitalisme.
https://www.perspective.quebec/Dossiers/Autres/Archives/page_article.php?article_id=10198&type_id=2
![Programme 202è : Pour une République planifiant la vie en commun – chapitre 3 du programme du PRCF [vidéo – 10 min]](https://initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/08/20260815-Fadi-Kassem-programme-2027-communiste-republique-souveraine-et-internaitonaliste-2-350x250.jpg)

![Rompre l’union sacré belliciste – Initiative Communiste [N° 281 aout 2026]](https://initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/08/IC-281-120x86.jpg)
![Fête de l’Huma : avec le PRCF, rendez vous au café marxiste, les infos pratiques [ Fête de l’Humanité 2026]](https://initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/08/20260829-PRCF-cafe-marxiste-fete-de-lhuma-2026-120x86.jpeg)
