
Par esprit de justice, il nous faut d’abord reconnaître que LFI a su, à plusieurs reprises, faire montre d’une réelle insoumission.
- D’abord en choisissant ce nom de « France insoumise » qui, initialement au moins, associait le patriotisme populaire (la France) à l’insubordination au néolibéralisme (l’esprit de révolte).
- En défendant Gaza et en condamnant vaillamment les agressions génocidaires israéliennes à répétition au Proche-Orient (Iran, Liban, Yémen…).
- en appelant à la destitution du despote Macron, dont Mélenchon a su (le PRCF l’avait fait dès 2017) dénoncer l’illégitimité démocratique.
- en prononçant de trop rares, mais justes paroles sur le traitement de type génocidaire qui est actuellement réservé à Cuba par Trump, le MEGA-dictateur autoproclamé de ce qu’il nomme l’ « hémisphère occidental ».
- en ne calant pas devant les campagnes odieuses menées en France, non pas contre les fascistes, mais contre… les anti-antifascistes qui, ici et là, s’organisent pour défendre le mouvement démocratique contre des bandes néonazies.
- en osant réintroduire la Marseillaise et le drapeau tricolore dans les meetings populaires au grand dam de la fausse gauche. A la base LFI d’imposer aussi le drapeau rouge et l’Internationale à la fin de chaque meeting: sans cela, pas de signature du mouvement ouvrier !
- Et, du moins jusqu’en 2017, en défendant (bien épisodiquement hélas) la langue française contre le tout-anglais invasif, en appelant la France à sortir de l’OTAN, en défendant de ci de là la mémoire de Robespierre.
- En ravivant la mémoire des FTP communistes morts pour la France.
- Voire en osant parfois se confronter à la vraie « religion unique » de l’Europe occidentale, qui est moins désormais le catholicisme ou le calvinisme, mais un brouet infâme d’antisoviétisme recuit, de russophobie délirante, de peur du « péril jaune », de haine du musulman (mais pas des émirs du Golfe…), de mantras anti-iraniens, d’anticommunisme primitif et d’euro-atlantisme béat: il n’est en effet pas si éloigné de nous que cela le temps où, avant de céder devant les eurodéputés Ursula-compatibles d’LFI, le citoyen Mélenchon ne perdait pas une occasion de proclamer « l’UE, on la change ou on la quitte! ». Ce qui, malgré l’inachèvement du propos, avait le mérite d’ouvrir le débat sur un possible frexit progressiste…
Malheureusement, le temps passant et l’aile européiste et « bobo » d’LFI marquant de nombreux points à l’intérieur de ce mouvement dirigé (en réalité) par ses députés, on a assisté à une série de voltes-faces ou de semi-voltes faces sur nombre de sujets. Par ex. comment peut-on se dire robespierriste et prôner l’autonomie de la Corse dont on ne peut manquer de prédire qu’elle voguera très vite vers l' »indépendance » (dans le cadre de l’UE: quelle belle indépendance copilotée par Bruxelles et par les maffias!) et qu’elle allumera la décomposition territoriale de l’Hexagone: on le voit déjà avec la montée en puissance des « Grandes Régions » instituées par Hollande, avec les revendications autonomistes du MEDEF
breton, avec la constitution de l’Alsace et de la Moselle en « collectivités territoriales d’Europe » (jadis, on eût dit « en marches d’Empire »). C’est ce que Macron, qui est conséquent avec sa marche à l’Etat européen des Länder à l’allemande appelle « le pacte girondin »: chaque territoire pour soi, et la BCE et le FMI pour tous! Bref, M. Mélenchon, seriez-vous girondino-jacobin? Ce serait aussi fort que d’exhiber un cercle carré ou « le crâne de Voltaire enfant » comme le fit Jarry à l’occasion d’une sienne conférence…
De même, la petite phrase « l’UE, on la change ou on la quitte » a-t-elle été abjurée par l’état-major mélenchonien, et malheureusement la trop confiante base LFI n’y a pas trouvé à redire. Désormais LFI prétend rompre avec le capitalisme (ou du moins avec le néolibéralisme, avec le trumpisme, on ne sait plus) tout en restant dans l’UE dont « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée » (Traité de Maastricht) a été conçue de A à Z, de même que son euro géré par la BCE indépendante du pouvoir politique, pour garantir la pérennité du libre-échangisme capitaliste. Bref, tout ce qui fait que, gouvernements de droite ou de gauche, les privatisations de service publics, les délocalisations industrielles, les ruineux traités tels que le CETA, se succèdent pou ruiner notre industrie, éradiquer notre agriculture paysanne, asphyxier nos services publics et assécher nos dépenses de santé qui sont la cible permanente de s directives européennes.Ce n’est pas tout: alors que nous sommes peut-être à un cheveu de la confrontation continentale possiblement nucléaire (et très vite mondiale!) avec la Russie, et que donc, on pourrait s’attendre à ce qu’un successeur proclamé de Jaurès, voire de de Gaulle (dont se réclame JLM), dénonce sans relâche l’union sacrée belliciste, qu’il refuse l’Etat fédéral européen mortifère, qu’il fustige l’ « économie de guerre » qui entasse les Rafales à défaut de nous pourvoir en Canadairs, RIEN ou presque RIEN sur ces thématiques, y compris le 14 juillet dernier quand JLM parlant à Paimpont n’a quasiment rien dit du défilé guerrier organisé par Macron sur les Champs. On est donc à cent lieues du brillant discours prononcé par JLM en 2017 sur le Vieux Port de Marseille à propos de la nécessité d’extraire au plus tôt la France de l’OTAN. Or, plus l’OTAN pousse à l’escalade antirusse, moins on entend clairement le candidat « insoumis » tonner contre l’OTAN et l’économie de guerre en faisant le lien, indispensable aux luttes, entre la casse sociale généralisée et les centaines de milliards claqués dans l’économie de guerre. Lesquels, soit aboutiront à la fin de la France si une guerre nucléaire finit par éclater, soit auront gaspillé en masse le travail des hommes et les ressources naturelles si d’aventure la guerre continentale n’éclate pas.
Quelle dérision également de voir JLM se présenter en rempart antifasciste n°1 face à Le Pen et, dans le même temps, se démener comme il l’a fait pour que toutes les mairies de France (cette proposition atlantico-soumise est de lui!) arborent le drapeau jaune et bleu de ce régime de Kiev où la mémoire des héros de l’Armée rouge est piétinée tandis que Zelensky bénit des statues à la gloire des pogromistes anticommunistes et pro-hitlériens Melnyk et Bandera. Ah la belle démocratie ukrainienne chère à notre euro-gauche qui interdit le PC d’Ukraine et la gauche, qui supprime le Code du travail, et qui institue en commissaires politiques de l’armée de Kiev les officiers issus du Bataillon Azov dont les sympathies nazies ne sont ignorées que de ceux qui ne veulent pas voir qu’il fait jour à midi!
Ne parlons pas de la résistance au tout-anglais qui a disparu du paysage « insoumis » puisque JLM donne en exemple de la « créolisation » qu’il affectionne le fait que, dans chaque rue de chacun de nos bourgs, il y a désormais – comme disait le philosophe Michel Serres – « plus d’anglais sur nos murs qu’il n’y avait d’allemand sous l’Occupation »! Comment proclamer qu’on est pour la Francophonie tout en ignorant que celle-ci recule partout devant le tout-globish de la mondialisation impériale?
Enfin, qu’est-ce que c’est que cette insistance ambigue sur la « nouvelle France », qui est manifestement un clin d’oeil aux Français issus de l’immigration mais dont le libellé conduit implicitement à ringardiser l’ancienne France (« la langue fonctionne par opposition », expliquent les linguistes: si vous n’êtes pas de la « nouvelle France », de laquelle êtes-vous?) c’est-à-dire oppose ce qu’il faudrait unir contre l’UE, l’OTAN, l’impérialisme, le fascisme, le racisme et le capitalisme? Ne faut-il pas plutôt dire, comme le faisait le grand PCF des années 70 (celui qui a précédé la désastreuse « mutation » euro-réformiste de ce parti), que la gauche populaire en appelle à la France nouvelle des travailleurs, de tous les travailleurs quelle que soit leur religion ou leur origine? C’est ainsi que le PCF savait UNIR en un seul Front populaire, en une seule Résistance patriotique ET antifasciste ces ouvriers et paysans qui, pour défendre la patrie COMMUNE, « montaient de la mine et descendaient des collines », comme le dit l’admirable chant d’Anna Marly.
Si nous revenons sur ces graves inconséquences de LFI 2026, ce n’est pas pour le plaisir d’énumérer des contradictions absolument maîtrisées tant la « com » prend le dessus sur l’élaboration stratégique sérieuse dans la vie des grands partis « modernes » (sic). Ni même pour dire que la candidature JLM, qui est à cette heure la seule possibilité d’accéder au second tour présidentiel qui s’offre à la gauche populaire (c’est factuel), ne présenterait aucun intérêt: le PRCF, qui a déjà apporté A RAISON un soutien critique à JLM en 2017, débat présentement de tout cela à l’interne et ne s’interdit a priori rien en matière d’élections présidentielle et législatives: à la discussion démocratique de trancher, mais aussi… à Mélenchon de convaincre, c’est lui et non nous le candidat en lice.
Non, si nous insistons sur ces graves inconséquences, comme celle par ex. consistant à éliminer la part française de la dette (ce qui est impossible sans dire « m…. » à la BCE et à l’euro!), c’est parce que ces inconséquences se voient, que notre peuple n’est pas idiot, que toute une partie de la classe ouvrière cent fois trahie par le PS mitterrando-jospinien dont JLM est issu, n’a pas envie de revivre la « gauche plus rien » des années 90 ou de connaitre le sort de la Grèce quand la « gauche radicale » de Tsipras est arrivée au pouvoir et n’a pas mis trois semaines pour capituler devant Berlin et Bruxelles. C’est parce que, pour aller au second tour et surtout, GAGNER contre Le Pen au second (qui est désormais très forte en milieu populaire: 12 députés sur 14 dans le bassin minier de Lens!), il ne suffira pas pour gagner, ni de compter sur le seule vote anti-RN, ni de s’appuyer sur les « urbains diplomés », les « quartiers immigrés » et les minorités tentées par les thématiques particularistes. Non: la classe, majoritaire en France malgré les racontars antimarxistes, reste la classe ouvrière constituée des ouvriers et des employés. Elle tient à son pays: elle veut un profond changement anticapitaliste, par ex. elle est massivement contre la retraite à 64 ans, mais elle veut également, et sans ambiguité, reconstruire un puissant « produire en France » agricole et industriel, ce qui sera bien évidemment impossible sans nationaliser la banque et les secteurs clés de l’économie, sans planifier démocratiquement la relance du pays, sans préserver le nucléaire civil, sans assurer l’égalité de traitement des territoires (la République indisivisible…) et la transition environnementale. Cette classe n’a pas envie d’entendre, y compris dans les « quartiers immigrés » (qui aspirent à la sécurité de leur famille comme tout un chacun), que lorsque des voyous pillent plusieurs centres-villes à l’issue d’une victoire du PSG, c’est parce que le ministre de l’intérieur n’a pas créé assez de « fans-zones » (alors que ces voyous se fichent du football), comme l’a dit désastreusement Mathilde Panot. Et par ex., quelle brillante idée vient donc d’avoir Mme Florence Guetté, de LFI, que d’ouvrir un débat (combien urgent alors que la classe ouvrière a de graves soucis pour payer l’électricité, l’essence, le loyer, voire la nourriture!) sur la « déconjugalisation » des aides sociales et sur le nécessaire subventionnement d’Etat de l’amitié (on croit rêver devant tant de candeur petite-bourgeoise). Voudrait-on paver la victoire de Le Pen dès le premier tour qu’on ne procèderait pas autrement !
Nous ne reprocherons cependant pas à LFI d’être ce qu’elle est, c’est-à-dire un mouvement surtout centré sur la petite-bourgeoisie urbaine diplomée et qui, faute de s’ancrer en classe ouvrière, de travailler l’analyse marxiste, de choisir clairement le camp anti-hégémoniste mondial, de s’engager du côté du syndicalisme de classe, de s’adresser en priorité aux travailleurs des entreprises, etc., a bien du mal à toucher en profondeur les masses et risque fort à ce stade, si elle va au second tour (ce qui serait déjà pas mal, reconnaissons-le, tant les autres candidats de gauche n’arrivent pas à « décoller »), de se faire écraser au second tour par Le Pen. Tant celle-ci – à force de mensonges certes – a su, à tort, mais les illusions de masse sont des faits matériels, se faire passer pour la candidate de la France, du bon sens et des petites gens.
Notre propos est ici, d’une part, de nous adresser aux insoumis, notamment aux ex-communistes qui se sont réfugiés dans LFI, pour qu’ils mènent le débat dans cette structure et qu’ils ne se laissent pas tirer passivement par les éléments bourgeois, européistes, anticommunistes etc.
Et surtout, notre but est de faire voir par contraste ce que pourrait faire en France un grand Parti franchement communiste héritier, dans les conditions et les formes d’aujourd’hui, de Thorez, Duclos, Krazucki, Alleg, Sémard ou Croizat, qui – comme y invite sans relâche notre modeste, mais digne PRCF – unirait fortement le drapeau rouge de la classe ouvrière internationale au drapeau tricolore de 89 pour sortir la France de l’étouffoir européen, casser la dynamique de guerre mondiale et de fascisation portée par Macron, expulser des milieux populaires le lepénisme usurpateur de France et de peuple. En un mot, pour « mettre le monde du travail au centre de la vie nationale » comme y invitait le CNR, isoler l’oligarchie, impuser l’Europe des luttes, appuyer le mouvement mondial pour la multilatéralité.
Et rouvrir à temps la voie à notre pays la voie d’un socialisme-communisme de nouvelle génération.

![Rompre l’union sacré belliciste – Initiative Communiste [N° 281 aout 2026]](https://initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/08/IC-281-350x250.jpg)
![Fête de l’Huma : avec le PRCF, rendez vous au café marxiste, les infos pratiques [ Fête de l’Humanité 2026]](https://initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/08/20260829-PRCF-cafe-marxiste-fete-de-lhuma-2026-350x250.jpeg)


