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Accueil articles 2-lutte des classes et renaissance communiste

De quoi le 17 octobre est-il le nom ?

18 octobre 2026
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Du prélude certainement. Le prélude à l’insurrection populaire possiblement.

La journée restera celle de la convergence générationnelle des lycéens et étudiants avec les actifs et même des retraités, ainsi qu’une convergence des masses venant des cités, des banlieues, des villages et petites villes qui se sont mêlés aux plus grandes, dans les grandes villes. 

Mais le pouvoir est sourd aux masses. Diesel à 2,50 €, lycées insalubres, apartheid universitaire (parcoursup), chômage et pauvreté, retraite à 100 ans, des milliards à la guerre…

Alors quand le soir descend, que l’atmosphère obscure enveloppe la ville, que des mortels deviennent multitude vile, la douleur ne se fait plus sage[1] car tous ceux qui sont là sont des misérables. De là nait l’émeute.

Il faut alors relire Hugo qui permet de comprendre le fond de l’évènement en laissant sa surface aux plateaux télé des Bolorré-Saadés et consorts.

En « surface » nous dit Hugo[2], l’émeute se compose de « rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte.

Où ?

Au hasard. À travers l’État, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres.

Les convictions irritées, les enthousiasmes aigris, les indignations émues, les instincts de guerre comprimés, les jeunes courages exaltés, les aveuglements généreux ; la curiosité, le goût du changement, la soif de l’inattendu, le sentiment qui fait qu’on se plaît à lire l’affiche d’un nouveau spectacle et qu’on aime au théâtre le coup de sifflet du machiniste ; les haines vagues, les rancunes, les désappointements, toute vanité qui croit que la destinée lui a fait faillite ; les malaises, les songes creux, les ambitions entourées d’escarpements ; quiconque espère d’un écroulement une issue ; enfin, au plus bas, la tourbe, cette boue qui prend feu, tels sont les éléments de l’émeute.

Ce qu’il y a de plus grand et ce qu’il y a de plus infime ; les êtres qui rôdent en dehors de tout, attendant une occasion, bohèmes, gens sans aveu, vagabonds de carrefours, ceux qui dorment la nuit dans un désert de maisons sans autre toit que les froides nuées du ciel, ceux qui demandent chaque jour leur pain au hasard et non au travail, les inconnus de la misère et du néant, les bras nus, les pieds nus, appartiennent à l’émeute.

Quiconque a dans l’âme une révolte secrète contre un fait quelconque de l’état, de la vie ou du sort, confine à l’émeute, et, dès qu’elle paraît, commence à frissonner et à se sentir soulevé par le tourbillon.

L’émeute est une sorte de trombe de l’atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l’homme fort et l’esprit faible, le tronc d’arbre et le brin de paille ».

Mais sur le fond[3], que faut-il y voir. Hugo nous aide. « Ici la question de la guerre surgit. La guerre est-elle moins fléau que l’émeute n’est calamité ? Et puis, toutes les émeutes sont-elles calamités ? » 

Le beffroi de la mairie de Limoges est sans aucun doute possible une vraie calamité. Mais son prix à payer n’est-il pas celui d’une addition plus couteuse ?

Déjà Hugo nous prévenait que « quand le 14 juillet coûterait cent vingt millions ? L’établissement de Philippe V en Espagne a coûté à la France deux milliards » et d’ajouter : « Même à prix égal, nous préférerions le 14 juillet ».

En réalité, dialectique, la colère est une pièce à deux faces. « Il y a l’émeute, et il y a l’insurrection ; ce sont deux colères ; l’une a tort, l’autre a droit. Dans les états démocratiques, les seuls fondés en justice, il arrive quelquefois que la fraction usurpe ; alors le tout se lève, et la nécessaire revendication de son droit peut aller jusqu’à la prise d’armes. Dans toutes les questions qui ressortissent à la souveraineté collective, la guerre du tout contre la fraction est insurrection, l’attaque de la fraction contre le tout est émeute ».

Certaine fois, en apparence, la « foule est traître au peuple » ; car elle le compose et son agrégation progressive, son accumulation quantitative, la fond dans l’autre et alors, bien que  l’émeute soit « souvent feu de paille » et peut « peut être le plus fatal des attentats », d’elle vient l’insurrection qui « est l’accès de fureur de la vérité ; les pavés que l’insurrection remue jettent l’étincelle du droit. Ces pavés ne laissent à l’émeute que leur boue ».

Nous y voilà.

« Toutes les protestations armées, même les plus légitimes, même le 10 août, même le 14 juillet, débutent par le même trouble. Avant que le droit se dégage, il y a tumulte et écume. Au commencement l’insurrection est émeute, de même que le fleuve est torrent. Ordinairement elle aboutit à cet océan : révolution. Quelquefois pourtant, venue de ces hautes montagnes qui dominent l’horizon moral, la justice, la sagesse, la raison, le droit, faite de la plus pure neige de l’idéal, après une longue chute de roche en roche, après avoir reflété le ciel dans sa transparence et s’être grossie de cent affluents dans la majestueuse allure du triomphe, l’insurrection se perd tout à coup dans quelque fondrière bourgeoise, comme le Rhin dans un marais »…

C’est à croire qu’Hugo avait lu, un siècle avant qu’ils ne paraissent, les « principes élémentaires de la philosophie »de Politzer[4].

On retrouve la loi des bonds quantitatifs et qualitatifs. Les premiers s’accumulent jusqu’à ce qu’une certaine quantité produise un bond, plus spectaculaire et remarquable, car qualitatif. Des émeutes font une révolution.

De même que l’eau se révolutionne et change d’état pour devenir gaz à 100 degrés, de même 1789 n’aurait pas été si auparavant la révolte des tard-avisés de Cahors, la guerre des farines et les  jacqueries contre la fiscalité (dime et droits seigneuriaux) ne s’étaient accumulés.

Que l’on songe aussi à la Commune qui vit auparavant les barricades de 1932 et la révolution de juin 1848.

Que l’on songe encore à Octobre, produit de l’agglomérat de la tentative de février, de la grande grève générale de Saint-Pétersbourg en 1915, de celle des mineurs de Léna de 1912 et de la révolution avortée de 1905…

Que l’on songe aussi à l’attaque défaite de la caserne de Moncada de 1953 qui précéda au débarquement victorieux du Granma en 1956.

Que l’on songe alors à l’addition des gilets jaunes de 2017-2018, aux grèves de décembre 2019 et 2022, au mouvement social contre la réforme des retraites de 2023, au mouvement des agriculteurs de 2024, au mouvement étudiant de mi-2024 pour la Palestine et aux émeutes de fin 2024 du peuple Kanak.

L’addition est déjà salée et le 17 octobre 2026 s’y rajoute, comme le prélude à des jours plus ventés pour des jours plus heureux.

MaxKo


[1] Charles Beaudelaire, « Les fleurs du mal », poème « Recueillement ».

[2] Victor Hugo, « Les Misérables », Tome IV « L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis », Livre 10ème, I. « La surface de la question »

[3] Victor Hugo, « Les Misérables », Tome IV « L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis », Livre 10ème, II. « Le fonde de la question »

[4] Georges Politzer, « Principes élémentaires de philosophie ».

Tags: billet rougeBillet rouge-Pôle PositionsémeuteFrancegilets jaunesinsurectionparisrévolutionVictor Hugo
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