
Par Georges Gastaud, responsable du secteur idéologique du PRCF, et Thomas, animateur du secteur Luttes, syndicaliste – Le mouvement lycéen et étudiant, rejoint par les Gilets jaunes et la CGT, ébranle la Macronie décadente en ses tréfonds et inquiète à juste titre l’oligarchie, ainsi que toute sa chaîne de domination hexagonale et continentale, dirigeants de l’UE et de l’OTAN en tête. Après l’énorme journée rouge, jaune et tricolore du 17 octobre, il est décisif que la classe ouvrière prenne offensivement le relais d’une jeunesse courageuse qui a essuyé une répression sanglante. L’heure est venue que le monde du travail entre massivement en action pour les salaires, l’emploi, les services publics et les retraites, et qu’il marque en profondeur le mouvement populaire en lui conférant une orientation tout à la fois anticapitaliste, antifasciste, antiraciste et anti-impérialiste.
La question décisive est la grève générale, reconductible, interprofessionnelle et démocratiquement organisée : assemblées générales de salariés, d’étudiants et de lycéens, se coordonnant entre elles ; syndicalistes de lutte y intervenant à visage découvert, militants politiques de tous horizons mettant en débat leurs solutions. Alors le pouvoir de la grande bourgeoisie sera percuté de plein fouet, et le processus électoral, que d’aucuns songent sans doute à suspendre ou à pervertir dans les allées du pouvoir, sera illuminé par l’intervention dynamique du camp populaire. De même les aspects petit-bourgeois qui pèsent sur le mouvement — anarchisme primaire, opposition infantile à tout État, violences gratuites contre les biens publics et privés qui ne font qu’abonder le « parti de l’ordre » — seront confrontés et dépassés. Car la grève de masse du monde du travail recentrera l’affrontement sur la contradiction principale de la société capitaliste : celle du Capital et du Travail et, plus indirectement, sur la contradiction opposant les peuples souverains à l’impérialisme fauteur de guerres.
Forger le « tous ensemble » de classe
Il faut construire le « tous ensemble » de la jeunesse, des Gilets jaunes, des syndicalistes de lutte et surtout, de l’ensemble du monde du travail, comme ce fut le cas victorieusement en 1936 ou en 1968. Si la classe ouvrière s’arrête majoritairement, elle montrera en pratique qu’elle est, en puissance, la classe dominante de la société française.
La violence destructive des « black bloks » et des vandales sera remplacée par la force organisée des piquets de grève décidés majoritairement en AG, et par des services d’ordre hautement responsables protégeant les manifestants des fascistes — y compris de ceux qui, portant l’uniforme, n’ont pas hésité à crever des yeux, à gazer des personnes âgées et à arracher des mains d’ados de 15 ans. La CGT appelle elle-même à généraliser la grève le 5 novembre.
Un grand 5 novembre rouge et tricolore en France, ce serait bon pour la paix mondiale et pour l’Europe des luttes !
En effet, une forte intervention ouvrière serait un signal géant pour un automne rouge en Europe… et ailleurs. Déjà des luttes dures ont éclaté en Italie, au Portugal, en Espagne, en Wallonie, en Allemagne, voire en Turquie, récemment en Mauritanie, et elles ont récemment fortement secoué le Québec !
Une telle intervention percuterait en outre de plein fouet deux processus ultra-réactionnaires qui semblaient jusqu’alors inarrêtables.
Le premier est la marche à la guerre impérialiste mondiale derrière l’axe UE-OTAN, avec, à l’arrière-plan, le réarmement de l’Allemagne et, en France même, un capitalisme décadent cherchant dans une économie de guerre massivement subventionnée par l’argent public une issue à sa déliquescence. Un grand mouvement social aiderait à reconstruire notre pays sur des bases républicaines, souveraines et sociales, et à briser la chaîne impérialiste en son maillon faible : la France.
Bref, plus que jamais le patriotisme véritable, cette juste réponse au racisme, ne peut qu’entrer en résonance avec l’internationalisme prolétarien de nouvelle génération qui germe sous nos yeux ! Alors que les jeunes manifestants arborant le drapeau de la Nation ont souvent l’intelligence d’opposer de vibrantes Marseillaises aux charges des Compagnies « républicaines » de sécurité, c’est une tâche d’honneur pour les militants franchement communistes et pour les syndicalistes de lutte que de faire retentir dans les cortèges L’Internationale, tout en associant comme jamais les deux drapeaux, rouge et tricolore, de notre vieille tradition révolutionnaire !
Etroitement associé à la marche à la guerre mondiale portée par l’Europe atlantique, le deuxième processus est la fascisation qui galope, des États-Unis de Trump à l’UE d’Ursula von der Leyen, alliée au régime pro-nazi et corrompu de Zelensky. En France, elle ne se limite pas à la montée du lepénisme et de ses pseudopodes Zemmour, Ciotti ou Retailleau : elle a aussi pour base la Macronie agonisante, mais d’autant plus répressive et belliqueuse, qui veut imposer un État fédéral européen que les Français refusent comme l’avait monté le Non citoyen à la constitution européenne.
Fascisation, guerre, casse sociale et destruction de la Nation forment un seul processus piloté par l’oligarchie. Rompre cette chaîne en FRANCE (et ailleurs!) rendrait service à tous les amis de la paix, à l’Europe des luttes et aux forces anticapitalistes, antifascistes et anti-impérialistes de la planète.
Des mots d’ordre clairs à la disposition du mouvement
Pour cela, le 5 novembre doit être muni de mots d’ordre percutants permettant de durcir l’offensive de classe en faisant le lien, que la gauche euro-compatible se refuse à faire, entre régressions sociales et énormes dépenses militaires en vue de la guerre impérialiste contre la Russie, voire contre l’Iran. Sortons des slogans purement négatifs, voire contre-productifs tels que « ACAB », pour clamer ce que nous voulons obtenir et dire précisément où prendre l’argent : « L’argent pour les salaires, pas pour la guerre ! », « L’argent pour l’enseignement, pas pour le surarmement ! ». Ces slogans lient la lutte pour le pouvoir d’achat et les services publics à la défense de la paix.
Prônons aussi des slogans réellement antifascistes, ciblant précisément les politiques responsables et non « les flics » en général, ce qui ne fait que souder ceux-ci au gouvernement : « Le Pen, Macron : halte à la fascisation ! ». Et si l’enjeu est d’enclencher l’intervention massive des salariés sur le lieu de leur exploitation : « Grève générale, quoi de plus normal ! », « Tous ensemble, tous ensemble, grève générale ! ».
Le rôle dynamique du PRCF
Le rôle du PRCF est de proposer une perspective politique à l’avant-garde militante du mouvement. La dynamique de LFI est certes très intéressante. Pourtant, ce mouvement évite d’affronter de face la « construction européenne », de désigner l’OTAN comme l’ennemi principal de la paix, et de pointer la nécessité d’une nouvelle Révolution française — non seulement « citoyenne », mais socialiste et prolétarienne — impliquant notamment la nationalisation des secteurs-clés de l’économie.
Le PRCF, tout en condamnant la volonté proprement pré-fasciste du pouvoir de criminaliser LFI, doit fixer le cap vers des objectifs de rupture. Sans programme de franche insoumission à l’UE du capital, le mouvement ne suffira pas pour obtenir satisfaction, ne serait-ce que sur les salaires et Parcoursup car ce pouvoir de brutes ne cède d’ordinaire que lorsque la grande bourgeoisie craint de perdre les manettes, comme c’était le cas aussi longtemps qu’il y eut un grand PCF combatif et marxiste-léniniste en France. Ces objectifs sont clairement le Frexit progressiste, dans la visée d’un socialisme-communisme de nouvelle génération.
Au niveau international, montrons que la rupture du front guerrier mondial passe par le grand retour de la classe ouvrière elle-même, et pas seulement par les BRICS. Cela fixe objectivement la tâche de reconstruire à terme une Internationale communiste et ouvrière. C’est justement parce que l’objectif est encore éloigné qu’il ne faut pas commencer à y réfléchIr maintenant!
La France, la paix, le mouvement ouvrier à la croisée des chemins
Ou bien l’euro-fascisation et la marche à la guerre mondiale, avec, en prime, Le Pen à l’Élysée. Ou bien, dans un large mouvement social centré sur le mouvement ouvrier et la jeunesse populaire, l’ouverture d’une perspective authentiquement progressiste et révolutionnaire, orientée vers le socialisme.
Dans ce mouvement, les militants du PRCF doivent porter aussi l’exigence de reconstruire un parti communiste de combat. Il ne faut pas se mettre à la remorque de LFI, ni s’y affilier en perdant toute autonomie comme font les « communistes insoumis ». Il faut rebâtir l’outil de lutte du mouvement ouvrier et de la jeunesse populaire : un parti franchement communiste indispensable pour mener la lutte « jusqu’à la victoire toujours ».


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