La flamme allumée par les lycéens français, qui depuis septembre bloquent des centaines d’établissements et ont mis des centaines de milliers de personnes dans la rue le 17 octobre, a traversé les Alpes. Vendredi 30 octobre, l’Italie a vécu une journée de lutte historique : grève générale et manifestations dans plus de cinquante villes à l’appel de l’USB et des syndicats de base, avec jusqu’à deux millions de participants revendiqués contre le carovita, l’austérité et le réarmement. Les travailleurs italiens ont scandé exactement le mot d’ordre porté par le PRCF en France depuis 2022 : « L’argent pour les salaires, pas pour la guerre ». Face à l’économie de guerre et à l’austérité imposées par l’Union européenne, les peuples souverains n’ont d’autre choix, pour défendre leur pouvoir d’achat et leurs services publics, que de briser les chaînes de l’UE.
En France, le silence a été total. Pas un mot dans les journaux de 20 heures, pas une image sur les chaînes d’information continue. Même mutisme du côté des états-majors de la CGT et de la CFDT. Avec la Confédération européenne des syndicats, ces directions se disent garantes d’une « Europe des luttes ». En réalité, cette institution, qui n’est pas un syndicat, étouffe partout les mobilisations capables d’instaurer un vrai rapport de force. Elle préfère le « dialogue social » pour faire avaler la potion amère, toxique et mortelle de la construction européenne : chômage par les délocalisations, misère par le dumping social, saccage des services publics et privatisation des entreprises par les paquets énergie, rail, télécoms et autres. Le tout sous le joug de l’euro, qui interdit le financement des États par leur propre monnaie et les livre à la spéculation des milliardaires. Pendant que les Italiens occupent les rues et installent un campement à Rome, les appareils syndicaux français regardent ailleurs.

Italie : une grève générale d’une ampleur rare face contre la vie chère, la guère et le réarmement
Le 30 octobre 2026, l’Italie a vécu une journée de mobilisation d’une intensité exceptionnelle. À l’appel de l’Unione Sindacale di Base (USB), syndicat de classe indépendant des grandes confédérations concertatives, une grève générale a inondé les rues de plus de soixante villes, de Milan à Palerme, de Turin à Naples. Les organisateurs revendiquent une participation massive : au moins un million et demi de personnes selon les premières évaluations de l’USB, jusqu’à deux millions selon des porte-paroles sur le terrain et des collectifs étudiants, dans un pays où les grandes centrales syndicales ralliés à la CES telles la CGIL brillaient par leur absence.
Le ministère de l’Intérieur du régime d’extrême droite Méloni a compté un chiffre très politique d’environ 255 000 manifestants, peu crédible au regard des images que nous diffusons ci après, de manifestations plus que massives.
Ce qui frappe, c’est la composition des cortèges : travailleurs, précaires, retraités, agriculteurs, mouvements pour le logement, et surtout une présence massive d’étudiants et de jeunes, qui ont déserté écoles et universités décrites par certains comme devenues des « casernes » pour chair à patron dès aujourd’hui et bientôt au regard de l’escalade guerrière de l’Union Européenne OTAN, de la chair à canon.
Les revendications de l’USB sont claires et font écho, presque mot pour mot, au slogan lancé en France en 2022 par les communistes du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) et devenu majoritaire dans les manifestations françaises : « l’argent pour les salaires, pas pour la guerre ». En Italie, il se décline sous les formules « Abbassate le armi, alzate i salari » (« Baissez les armes, augmentez les salaires »), « Stop carovita, no alla guerra, no al riarmo » ou encore « Noi produciamo la ricchezza, voi ladri di futuro ». L’USB dénonce le carovita (la vie chère), la hausse des prix des carburants et des tarifs, l’austérité qui frappe l’école, la santé et le droit au logement, ainsi que le bas niveau des salaires et des pensions. Elle s’oppose frontalement aux politiques de réarmement et à l’économie de guerre, dans un contexte européen où les budgets militaires augmentent au détriment des services publics. « À une première évaluation de la réponse enthousiasmante à l’appel à la mobilisation, nous pouvons sans aucun doute nous dire extrêmement satisfaits, de plus en plus déterminés à poursuivre les luttes contre la guerre, l’austérité, l’attaque en cours contre l’école, la santé, le droit au logement, les salaires et les pensions », a déclaré la confédération. Elle a adressé un « avis d’expulsion » au gouvernement Meloni, signé selon elle par des millions d’Italiens « au bout du rouleau ».
Dans les grandes villes, les chiffres avancés par l’USB et les observateurs locaux dessinent une mobilisation inégalée pour un appel des syndicats de base.
- À Rome, le cortège principal a rassemblé au moins 100 000 personnes selon les organisateurs (50 000 selon certaines estimations médiatiques), avec une forte présence de délégués des transports malgré la précettation (réquisition) décidée par le ministre Salvini, jugée injuste et illégitime par l’USB. Des tracteurs agricoles ont défilé aux côtés des étudiants.
- À Milan, l’USB a revendiqué plus de 100 000 participants, contestant les 30 000 de la questure ; le cortège a occupé la tangenziale est pendant plusieurs heures pour affirmer que « l’occupation de cet espace veut dire symboliquement revenir à occuper un espace civil dans cet État qui pense pouvoir tout résoudre par la répression, la guerre et le réarmement ».
- À Naples, plus de 20 000 personnes ont défilé, brûlant symboliquement un char en carton sous le slogan « Le pouvoir de la gens est plus fort que la gens au pouvoir ».
- Turin a vu des dizaines de milliers de manifestants (30 000 selon certaines sources pour le cortège syndical du matin, jusqu’à 50 000 selon les organisateurs), avec des tensions en soirée.
- Bologne a également mobilisé fortement, avec des estimations allant de 20 000 à 50 000, le cortège finissant par occuper la tangenziale.
- Gênes a rassemblé environ 15 000 personnes : les camalli (dockers) du Calp ont ouvert le cortège, entrant dans le port avant de rejoindre le centre, rappelant les mobilisations pour la Flotilla.
- Livourne a accueilli 15 000 manifestants, avec la présence de Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens.
- Florence a compté au moins 10 000 à 12 000 personnes selon l’USB (7 000 selon la questure).
- À Palerme, plusieurs milliers (environ 2 000 selon les comptes locaux) ont défilé derrière la banderole « Contro guerra e carovita blocchiamo tutto ».
- Venise et d’autres villes du Nord-Est, de la Toscane, de la Sicile ou de la Sardaigne ont également connu des cortèges, contribuant à la couverture de plus de soixante places publiques.
Les cortèges sont restés majoritairement pacifiques, même si des tensions ont éclaté en soirée à Rome (près du Colisée, avec lances de bouteilles et barricades) et à Turin (charges et canons à eau), entraînant quelques interpellations.
ette journée n’était pas isolée. Elle coïncidait avec une mobilisation internationale des dockers, coordonnée notamment par la Fédération syndicale mondiale (FSM/WFTU), contre le trafic d’armes dans les ports. Environ 115 ports dans 22 pays et sur cinq continents ont été concernés : grèves de 24 heures dans 24 ports français (CGT), 9 ports italiens (USB et Orsa Porti), 10 grecs, 3 turcs, et actions dans d’autres pays, sous le slogan « les travailleurs portuaires ne travaillent pas pour la guerre ».
Les organisateurs y voient la première grève internationale d’envergure récente proclamée par des organisations syndicales de classe, bloquant des dizaines de milliers de conteneurs et affirmant le rôle décisif des travailleurs dans les luttes pour la paix. De Gênes à Melbourne, de Veracruz à Mumbai, de Pirée à Istanbul, le message était le même : refus de la complicité dans le système de guerre, opposition à la militarisation des infrastructures et solidarité internationale.
La mobilisation ne s’est pas arrêtée le 30 octobre. À Rome, une acampada (campement) des droits s’est installée via dei Fori Imperiali, réunissant étudiants, travailleurs, mouvements pour le logement, associations et réalités politiques et sociales, dont des organisations de la gauche comme Potere al Popolo. Une nuit blanche des droits avec musique et initiatives était prévue le samedi 31, suivie le dimanche d’une assemblée nationale à 11 heures, ouverte à toutes les réalités ayant contribué à la grève, pour organiser les suites. « Nous ne nous arrêtons certainement pas là », avait prévenu l’USB. Face à un gouvernement qui mise sur les précettations, la répression et le réarmement, et face à des confédérations traditionnelles absentes, le mouvement syndical de classe italien démontre sa vitalité. En liant salaires, services publics et opposition à la guerre, il rejoint des dynamiques européennes où le slogan « l’argent pour les salaires, pas pour la guerre » s’impose dans les rues. Les Italiens poursuivent, et le conflit social n’est pas mort.

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