Nous ne mourrons pas vos guerres. Bismillah c’est les ténèbres : voila les slogans de lutte des classes de la GenZ à Berlin en manifestation aujourd’hui
Allemagne : la jeunesse dans la rue contre la Wehrpflicht (service militaire), le réarmement et la vie chère
Le 31 octobre 2026, jour d’Halloween, la vague de mobilisations de la jeunesse qui a traversé la France et l’Italie a atteint l’Allemagne. À l’appel de l’initiative « Gen Z regelt » (« Gen Z prend les choses en main »), des manifestations se sont déroulées dans une trentaine de villes, de Berlin à Munich, de Hambourg à Leipzig. Les organisateurs avaient enregistré plus de 182 000 inscriptions en ligne
La plupart des cortèges sont restés pacifiques dans l’après-midi, même si des incidents ont éclaté en soirée (pyrotechnie, barricades enflammées à Hambourg, interventions policières). Comme en France, le régime de droite extrême du chancelier Merz avait tenté de faire peur, et de justifier par avance la répression policière à la matraque et au canon à eau, par « des tentatives d’instrumentalisation par des groupes extrémistes. »
L’initiative, née sur les réseaux sociaux et inspirée des mobilisations européennes, revendique plus de moyens pour les écoles, la santé mentale (aide aux addictions, psychothérapie), des mesures contre la hausse du coût de la vie, davantage de justice sociale et de protection du climat. Elle rejette fermement la Wehrpflicht (service militaire obligatoire) et l’extension de la surveillance d’État.
Les slogans les plus visibles résumaient le refus d’une économie de guerre au détriment des services publics : « Bildung statt Bomben » (« l’éducation plutôt que les bombes »), « Aufrüstung stoppen » (« stop au réarmement »), « Sozialleistungen statt Wehrpflicht » (« prestations sociales plutôt que service militaire »), « Waffeln keine Waffen » (« des gaufres, pas des armes »), ou encore « Kämpfen wie die Jugend in Frankreich » (« combattre comme la jeunesse en France »).
À Berlin, devant la porte de Brandebourg, la police a compté environ 5 000 participants en pointe (les organisateurs parlaient de 11 000) ; à Francfort, environ 8 000 ; à Munich, autour de 4 000 ; à Hambourg, jusqu’à 6 700 ; à Leipzig, environ 6 500 ; à Fribourg, 2 500 à 3 500. À Cologne, le cortège a été interrompu pour cause de pyrotechnie et de visages masqués, restant en deçà des 15 000 inscriptions. Des centaines de personnes se sont aussi rassemblées à Dresde, Erfurt, Magdebourg, Nuremberg, Brême ou Hanovre. Des drapeaux de gauche, des pancartes anti-Merz et des références aux mobilisations françaises étaient visibles dans plusieurs cortèges.
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Ces manifestations s’inscrivent dans la continuité des grèves scolaires contre le service militaire qui se sont multipliées depuis 2025. L’initiative « Schulstreik gegen Wehrpflicht » a organisé plusieurs journées nationales, revendiquant jusqu’à 40 000 à 50 000 participants dans une centaine de villes (par exemple plus de 45 000 revendiqués le 25 septembre 2026). Les jeunes dénoncent les questionnaires envoyés aux 18 ans et les convocations à des examens médicaux, perçus comme les premiers pas vers une réintroduction progressive de la conscription. « Nous ne voulons pas être de la chair à canon pour des guerres sur lesquelles nous n’avons pas décidé », résument régulièrement les organisateurs. Ces grèves scolaires ont été soutenues par des syndicats d’enseignants, des organisations de paix et des groupes de gauche, même si leur ampleur est restée inférieure aux pics français ou italiens.
Le contexte politique et économique explique largement cette colère. Sous le chancelier Friedrich Merz (CDU), l’Allemagne a engagé un virage historique de réarmement. Merz a déclaré vouloir faire de la Bundeswehr « la plus forte armée conventionnelle d’Europe ». Le pays s’est engagé vers l’objectif de 5 % du PIB pour la défense (3,5 % pour le cœur militaire, 1,5 % pour l’infrastructure), avec une exemption de la règle du frein à la dette pour les dépenses militaires. Les budgets de défense sont en forte hausse et pourraient atteindre 150 à plus de 200 milliards d’euros annuels dans les années à venir, avec des plans d’augmentation des effectifs et de modernisation massive des équipements. Cette orientation intervient alors que l’AfD, en forte progression électorale, voit certains de ses cadres de jeunesse (Generation Deutschland) publier des cartes d’une « Grande Allemagne » incluant l’Alsace et une partie de la Moselle, accompagnées de discours sur le rassemblement du « peuple allemand dans un seul État ». Ces publications, rapidement supprimées, ont provoqué l’indignation en France et rappellent des fantasmes irrédentistes marginaux mais visibles au sein de l’extrême droite.
Sur le plan économique, l’Allemagne subit de plein fouet les conséquences de la guerre en Ukraine et des tensions commerciales avec les États-Unis. La fin du gaz russe bon marché a entraîné une crise énergétique durable : le pays importe désormais du GNL américain à prix élevé, ce qui renchérit les coûts industriels. Les tarifs douaniers de Donald Trump (autour de 15 % sur les automobiles européennes dans le cadre d’accords) pèsent lourdement sur l’industrie automobile, fleuron de l’économie allemande. Volkswagen, Audi, BMW et Mercedes ont chiffré des pertes ou charges de plusieurs milliards d’euros. Audi a annoncé la construction d’une usine aux États-Unis (plusieurs milliards d’investissement, milliers d’emplois locaux) tout en prévoyant des suppressions de postes en Allemagne (jusqu’à 7 500). Des plans de réduction d’effectifs et des menaces de fermetures d’usines circulent dans le secteur, alimentant le sentiment que l’argent va aux armements et aux délocalisations plutôt qu’aux salaires, à l’éducation et aux services publics.
En liant refus de la Wehrpflicht, critique du réarmement et dénonciation du coût de la vie, les jeunes Allemands rejoignent une dynamique des peuples plus large qui se lève contre l’horreur de la guerre, et de l’économie de misère qui l’accompagne, voulue par l’Union Européenne et l’OTAN. Comme en France et en Italie, une partie de la jeunesse refuse de payer, par des sacrifices sociaux ou militaires, une économie de guerre et d’austérité. Les mobilisations du 31 octobre, même si elles n’ont pas (encore) atteint l’ampleur des inscriptions en ligne, montrent que le conflit social et le rejet d’une militarisation croissante ne sont pas morts outre-Rhin.
JBC pour www.initiative-communiste.fr

Fais ce que tu veux : Protestation contre les restrictions sociales et la militarisation : « La génération Z prend le pouvoir » – par Junge Welt
Un jeune Allemand sur quatre peine à survivre au quotidien. Le gouvernement fédéral gère cette précarité avec une habileté déconcertante : les allocations familiales ont été supprimées, les congés parentaux et les avances sur pension alimentaire ont été drastiquement réduits, et la réforme de la BAföG (Loi fédérale d’aide à la formation) a été considérablement affaiblie. Parallèlement, le système éducatif s’effondre : des crèches, où les éducateurs sacrifient leur santé pour se débrouiller avec des solutions de fortune, aux universités, où l’effondrement des toits des amphithéâtres met en péril la santé des enseignants et des étudiants. L’aide à l’intégration et le soutien psychologique sont tout aussi fortement réduits. Les responsables de cette situation désastreuse n’offrent qu’une seule alternative à ces jeunes désespérés : mourir, bien payés, sous les balles de l’impérialisme allemand.
Ceux qui sont jeunes et ne profitent pas de cette misère ne peuvent que mépriser cet État et sa classe dirigeante. Cette colère est en train d’éclater. « Génération Z Regrets », un mouvement né spontanément en réaction aux manifestations de la jeunesse en France , appelle à l’action. Plus de 160 000 jeunes entendent répondre à cet appel et exigent : « une politique qui investit dans l’éducation, la sécurité sociale, la santé et un logement abordable, au lieu de réduire les dépenses pour la jeune génération ». Ils condamnent la conscription et la surveillance généralisée. À titre de comparaison, le déficit d’investissement dans le système éducatif s’élève à plus de 200 milliards d’euros ; le gouvernement fédéral prévoit d’y remédier avec environ 2,5 milliards d’euros en 2027, dont 110 milliards sont consacrés au réarmement.
Pendant ce temps, les tenants de la ligne dure ne tolèrent plus aucune revendication social-démocrate. Le ministre fédéral de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a brandi le spectre d’une « lutte contre le système démocratique » menée par une gauche radicale, où des « migrants émeutiers », comme l’a ajouté le chef du syndicat de police Jochen Kopelke, projetaient de « réduire les villes en ruines », jusqu’à ce que la Jeune Union appelle finalement à envoyer l’armée contre les enfants . Leur campagne de diffamation porte ses fruits : la Conférence fédérale des étudiants a pris ses distances , tandis que les boutiques de luxe à travers l’Allemagne ont barricadé leurs vitrines. Cependant, le ministère fédéral de l’Intérieur et l’Office fédéral de police criminelle ont admis n’avoir « aucune information concernant des appels concrets à la violence », et « Gen Z regelt » a insisté : « La violence contre les personnes ou les biens contredit tout ce que nous défendons. »
Et si des incidents de violence isolés se produisaient : comment de telles émeutes seraient-elles comparées à la violence quotidienne de l’État de classes qu’est la République fédérale d’Allemagne ? Tout est une question de classe.
https://www.jungewelt.de/artikel/532495.gen-z-regelt-macht-was-ihr-wollt.html


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