13 août, 65e anniversaire de la construction du rempart antifasciste
Dans la nuit du 13 août 1961 les unités de la Nationale Volksarmee (l´armée nationale populaire) agissent conformément au serment qu’elles ont prêté. Avec l´aide de la classe ouvrière de Berlin-Est elles sécurisèrent la frontière avec Berlin-Ouest pour protéger la paix et arrêter les puissances de l´Ouest dans leur projet de saigner la RDA à blanc.
A lire : le dossier spécial RDA d’Initiative Communiste
Lors d´une réunion du 3 au 5 Aout 1961 à Moscou, les premiers secrétaires des partis communistes des états du pacte de Varsovie approuvèrent des mesures pour sécuriser le socialisme et la paix. Ils proposèrent au gouvernement et au parlement de la RDA de sécuriser la frontière avec Berlin-Ouest.[1] Le conseil des ministres de la RDA décida « afin de mettre un terme aux activités hostiles des forces revanchistes et militaires de l’Allemagne de l’Ouest et de Berlin-Ouest (…) de mettre en place aux frontières de la RDA, y compris à la frontière avec les secteurs occidentaux du Grand Berlin, un contrôle tel qu’il est d’usage aux frontières de tout État souverain. »[2]
Ainsi, les soldats de la Nationale Volksarmee (l´armée nationale populaire) ainsi que les Kampfgruppen der Arbeiterklasse (groupes de combat de la classe ouvrière), la Volkspolizei (police populaire) et la Grenzpolizei (police des frontières), mettent en place les mesures nécessaires pour limiter les points de passages afin de contrôler la circulation de marchandises et de personnes entre la RDA et la RFA. Cela étant nécessaire pour appliquer efficacement les lois de la RDA à ces frontières.
Ceci fut une défaite cuisante pour l´impérialisme qui utilisait la frontière ouverte avec Berlin-Ouest pour mener des activités de subversion, d’agitation, de propagande, d’espionnage et des actes terroristes contre les États socialistes.
Il s´était également mis en place un trafic de marchandises et d´êtres humains vers l´Ouest qui saignait la RDA à blanc. Le bloc impérialiste profitait de la situation pour attirer des travailleurs ayant bénéficié d´une formation professionnelle ou universitaire en RDA dont le nouvel état socialiste avait besoin. Des profiteurs et des contrebandiers utilisaient les prix subventionnés des biens de consommation, qui étaient inférieurs à ceux pratiqués à l’Ouest, pour faire passer des marchandises illégalement par-delà la frontière.
La situation économique était devenue insupportable pour la population de Berlin-Est. Les pensions et salaires étaient versés en Mark-Est qui valaient moins que les Mark-Ouest. Ceci n´était pas un problème en soi, car les prix étaient nettement inférieurs dans le secteur Est. Mais toutes les marchandises furent accaparées par ceux qui pouvaient payer en Mark-Ouest. Ceci entraîna un pillage des ressources de la RDA. Il en allait de même pour les services comme le théâtre, l´opéra, le coiffeur, les restaurants ou lorsqu’on faisait appel aux services d’un artisan. Tout était accaparé par ceux qui avaient des Mark-Ouest.

Les perdants de 13 août 1961 furent ceux qui profitaient des avantages de l´Est tout en travaillant à l´Ouest et les trafiquants. Les gagnants furent les travailleurs de l´Est qui purent ainsi regagner leur pouvoir d´achat. Bien sûr ce fut un problème pour certaines familles séparées mais la RDA autorisât plus tard les visites familiales. Pour ceux qui n´avaient pas d´attache familiale il n´y avait aucune raison de se rendre à Berlin-Ouest. Mis à part les jeux d´argent, des films d´Hollywood ainsi que la prostitution endémique, Berlin-Ouest ne présentait aucun intérêt.
Ce pillage économique était visible dans le quotidien des travailleurs, tout comme la propagande va-t-en-guerre de l´Ouest. Cela explique pourquoi ils étaient majoritairement favorables à la sécurisation de la frontière et prêtèrent main forte à la construction du rempart antifasciste. Les Kampfgruppen der Arbeiterklasse (groupes de combat de la classe ouvrière) qui ont joué un rôle déterminant dans la construction du rempart antifasciste étaient composés d´ouvriers qui s’étaient engagés volontairement dans la réserve active des forces armées afin de prendre les armes sous le drapeau rouge de leur classe.
La mesure fut également d´une grande importance d´un point de vue sécuritaire. L´OTAN sous le commandement du Général Nazi Speidel planifiait sans cesse une attaque sur les états socialistes et avait amassé des armées aux frontières de la RDA. Si ces projets n´ont jamais été mis à exécution, c’est grâce à la vigilance des armées du Pacte de Varsovie et à leur effet dissuasif. La situation fut spécialement dangereuse à Berlin. Car les provocations incessantes de la « Police » ouest-allemande et des troupes américaines qui ne respectaient pas la souveraineté de la RDA ont causés de nombreuses situations tendues qui ont parfois même nécessité l’intervention directe des chefs d’État soviétiques et américains pour ne pas terminer dans une guerre mondiale. Erich Honecker qui a joué un rôle déterminant dans la conduite de l’opération disait en 1991 qu´il estime qu´à Washington, Londres, Paris et Moscou, un certain soulagement s’est certainement fait sentir en voyant que cette opération s’était déroulée sans accrochages.
Tout de même, la colère des impérialistes d´Allemagne de l´Ouest contre la RDA fut énorme. D´ailleurs, ils ne l´appelaient pas « Allemagne de l´Est » mais « Allemagne centrale » car ils estimaient que leurs État était le successeur du Reich et avait de jure les mêmes frontières que 1937. Mais ils devinrent se rendre à l´évidence que leur pouvoir s´arrêtait aux frontières d´un État qui avait rompu avec le dictat des monopoles. En RDA grandit une jeunesse qui chérissait la paix avec les autres peuples et qui refusait de faire la guerre aux peuples de l´Union Soviétique. Les armes des ouvriers et paysans s´étaient retournées contre ceux dont les projets meurtriers avaient dévasté le pays quelques années auparavant.

Comme on le sait aujourd´hui, le coup d´état (voir les coups d´état) qui causèrent la réouverture de la frontière et le démembrement des États socialistes furent un réel désastre social et pour la paix. Le démembrement du rempart antifasciste a également été suivi par la montée du fascisme en Europe. L´histoire a montré l´importance de la sécurisation de la frontière avec l´impérialisme pour la paix et le progrès social. Elle démontra que les barrières qui ont été érigées il y a 65 ans méritent bel et bien le nom de « rempart antifasciste ».
Aujourd´hui sur un des vestiges de l´ancien « mur » le message énonce l´ordre du jour de cet impérialisme. On peut y lire « Belarus 2020 » en références à le tentative d´une « colour revolution » pro UE au Belarus ou des messages en faveur du régime pro Nazi de Kiev dans sa guerre d´asservissement des populations russes.
[1] Staats- und Rechtsgeschichte der DDR, Staatsverlag der DDR, Berlin 1983.
[2] GBl. II 1961 Nr. 51 S. 332.
Sur l’immigration Est – Ouest, avant et après la chute du mur
Il y a eu une très importante immigration de la RDA vers la RFA dans les années de l’après guerre. Comment la partie occidentale de l’Allemagne, la plus vaste, nettement moins affectée par les destructions de la guerre (l’essentiel des combats a eu lieu à l’Est, la défaite nazie étant essentiellement le fait des victoires de l’armée soviétique), notamment dans ses riches régions de la Bavière, de la Ruhr et disposant des principaux ports et surtout dispensée de payer des dommages de guerre et recevant au contraire une aide massive des USA aurait pu ne pas être plus attractive que la partie orientale, plus petite et totalement détruite, en particuliers pour ces millions d’allemands quittant les pays de l’Est où ils s’étaient installés? On parle de près de 3 millions d’immigrés de l’Est vers l’Ouest. Ce qui ne veut pas dire que personne à l’Ouest n’a immigré en RDA. Selon les estimation, 700 000 allemands de RFA émigrèrent en RDA.
Ce qu’il faut souligner c’est qu’au contraire de la RFA qui faisait tout pour encourager l’immigration, à des fins de propagande idéologique, la RDA a au contraire une une politique dissuasive , refusant près de 30% des demandes d’immigrations, puis refusant les demandes de ré-immigration depuis l’Ouest.
Il est également important de rappeler que la décision de partitionner l’Allemagne fut le résultat des initiatives occidentales (réunification des zones, création du deutch mark…), et non de faits de la partie soviétique.
Si la propagande occidentale a monté en épingle cette réalité complexe des migrations inter RFA-RDA – la qualifiant de vote avec les pieds – il convient de noter que le bilan des decennies qui ont suivies la chute du mur, et alors que la RDA n’est plus et que l’on ne peut donc plus mettre en accusation le modèle socialiste, c’est que les migrations de l’ex RDA vers la RFA se poursuivent. Démontrant que le rétablissement du capitalisme n’a pas bénéficié à la RDA. Bien au contraire.

Les actifs, en particulier les jeunes continuent d’émigrer des Länder de l’ex-RDA vers la RFA alors que dans le même temps la chute brutale de la natalité (divisé par deux), contribue à un vieillissement accéléré de la population de l’Est

Le bilan démographique des migrations Est Ouest et Est Ouest :
es données reposent principalement sur les statistiques ouest-allemandes (Notaufnahmeverfahren et enregistrements de population), est-allemandes (quand disponibles), puis Destatis (Statistisches Bundesamt) pour la période post-réunification. Berlin est souvent traité séparément ou exclu dans les séries Binnenwanderung récentes (anciens Länder vs nouveaux Länder hors Berlin).
- 1951-1961
- Est vers l’Ouest : 2.4 millions de personnes se répartissant de la façon suivante : 165 648 en 1951, 182 393 en 1952, 331 390 en 1953, 184 198 en 1954, 252 870 en 1955, 279 189 en 1956, 261 622 en 1957, 204 092 en 1958, 143 917 en 1959, 199 188 en 1960, 207 026 en 1961. Il est important de remarquer que 25 à 30% des migrations en provenance de l’Est sont le fait d’Allemands non établis en Allemagne de l’Est mais provenant des territoires perdus (Ostgebiete / Vertreibungsgebiete : Prusse orientale, Silésie, Poméranie, Brandebourg oriental, Sudètes, etc.), les Vertriebene (Heimatvertriebene / Umsiedler). Selon certaines évaluations, ces allemands représenteraient jusqu’à 1.2 millions des migrations Est Ouest.
- Ouest vers l’Est : de l’ordre de 600 000 sur l’ensemble 1949-1961 (sources : https://www.academia.edu/6574197/Dans_lautre_sens_La_migration_de_RFA_en_RDA)
- 1989-1999
- Est vers l’Ouest : 1.9 millions de personnes. La majorité a émigré bien après la chute du mur (343 854 en 1989), 1.34 millions ont en-effet du émigrer à l’Ouest en raison de la misère provoquée par l’annexion de la RDA par la RFA. Les migrants étaient disproportionnellement des jeunes (18-30 ans) et des femmes.
- Ouest vers l’Est : de l’ordre de 800 000
De fait ces chiffres montrent les motivations économiques des migrations. L’annexion de l’Allemagne de l’Est n’a pas provoqué de retour vers l’Est. bien au contraire. le choc de migration a été encore plus massif

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