Les électeurs brésiliens ont déjoué les pronostics ce lundi 26 octobre en réélisant à la présidence de leur pays Luiz Inácio Lula da Silva, ancien métallo (il fut dirigeant syndical) et fondateur du Parti des Travailleurs. Son adversaire, Bolsonaro fils, tout aussi fascisant que son père, était pourtant arrivé en tête au premier tour, et bénéficiait évidemment du soutien total de Donald Trump, qui a puni le Brésil à coups de droits de douane depuis la condamnation à la prison de Bolsonaro père pour tentative de coup d’Etat, et aurait bien sûr fortement adouci sa politique tarifaire si les résultats électoraux lui avaient convenu.
Lula a finalement obtenu 51,8% des voix grâce à une forte mobilisation de ses partisans, et à l’adoption entre les deux tours de plusieurs mesures sociales : gratuité des transports en commun le week-end, aide financière aux étudiants pauvres (une mesure jusque-là réservée aux lycéens), versement anticipé de la Bourse familiale aux familles modestes, annulation de la dette des micro-entrepreneurs, inscription dans la Constitution d’un repos hebdomadaire de deux jours.
La chèvre et le chou
Le fait que Lula ait attendu d’être à deux doigts de la défaite électorale pour faire passer ce train de réforme est typique de sa stratégie conciliatrice vis-à-vis de la grande bourgeoisie, aussi puissante que réactionnaire, et qu’il redoute toujours d’affronter.
Certes, après sa première élection en 2002, il avait pris des mesures fortes en faveur des pauvres, dont la plus importante était le programme Fome Zero (« Zéro faim »), dont la Bourse familiale n’était qu’un volet, le reste allant de l’implantation de citernes d’eau et de restaurants bon marché à la distribution de compléments alimentaires en passant par le lancement d’une campagne d’éducation à une alimentation saine, le soutien à l’agriculture familiale vivrière et l’accès au microcrédit.
Cependant, il avait veillé à ménager la chèvre et le chou en préservant les grandes fortunes, qui avaient continué de prospérer allègrement sous ses deux premiers mandats, comme d’ailleurs sous le troisième. En mai, le pouvoir avait d’ailleurs dû corriger le tir face au mécontentement des classes moyennes, particulièrement lésées par sa politique, en relevant le seuil d’exonération fiscal à 5 000 réais, en supprimant l’exonération des dividendes, et en mettant en place un impôt minimum de 10 % pour les plus riches (ce qui ne risquait pas de les écorcher…).
Le grand capital ne renonce jamais…
Reconnaissons aussi à Lula le mérite d’avoir fait cesser la scandaleuse déforestation de l’Amazonie à laquelle s’était livré Bolsonaro, suspendu des privatisations et relevé le salaire minimum. Sur le plan international, s’ il avait condamné l’invasion d l’Ukraine, il avait refusé de sanctionner la Russie, de livrer des armes à Kiev, et réclamé un plan de paix reconnaissant le retour de la Crimée dans le giron Russe. De plus, le Brésil apporte à Cuba une aide alimentaire, qui aurait évidemment disparu avec Bolsonaro.
La réélection de Lula est donc une incontestable bonne nouvelle, surtout dans une Amérique latine où l’extrême-droite s’est emparée de plusieurs Etats ces dernières années. Mais le Président brésilien, maintenant âgé de 80 ans, n’aura pas la partie facile, tant la majorité Parlement est réactionnaire. Et surtout, comme au Venezuela, tant que les capitalistes n’auront pas été expropriés, ils continueront de se gaver tout en étouffant l’économie grâce aux taux de crédit élevés imposés par une Banque centrale indépendante de l’exécutif, mais pas des financiers. La réponse de ces derniers aux résultats des élections a du reste été claire : dès le lendemain matin, la bourse dévissait, entraînant la monnaie nationale dans sa chute…
Commission internationale du PRCF

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