La re colonisation du Venezuela provoque l’indignation et la colère. Le ministre de l’Économie de Cuba, Joaquín Alonso, a réagi sur son profil Facebook à une publication concernant Delcy Rodríguez à l’ONU par ces mots « la traicion solo tien un nombre traicion »
« La trahison n’a qu’un nom, c’est trahison. »
Nous reproduisons ci après les éditoriaux du journaliste cubain Tere Felipe, et de l’universitaire espagnole Arantxa Tirado
Liberté pour Nicolas Maduro, liberté pour les peuples d’Amérique pillés et oppressés par l’impérialisme américain.
J’ai écouté attentivement le discours de Delcy Rodríguez hier à l’ONU. Au-delà d’une analyse plus large sous forme d’article, mon résumé est que ce qu’elle ne mentionne pas est aussi important que ce qu’elle dit (l’enlèvement du président Maduro, l’existence du chavisme). Et, dans ce qu’elle dit, je veux aller au-delà de l’évidence, de l’humiliant remerciement à celui qui, il y a moins d’un an, a bombardé son pays, enlevé son président et qui, aujourd’hui, pille les ressources de la nation à travers la « négotiation » et la « diplomatie ».
Les paroles du Gouvernement intérimaire, représenté par Delcy Rodríguez, constituent une remise en cause totale de la Venezuela bolivarienne. Il est vrai qu’on mentionne Bolívar comme père de la Patrie et qu’on le cite à la fin, mais il n’y a aucune référence à celui qui a mis ses idées en pratique, à savoir Hugo Chávez. Cela marque une grande différence avec le discours de Yvan Gil en septembre 2025, dans lequel Chávez était mentionné 5 fois et les citations de Bolívar n’étaient pas destinées à appeler à l’unité et au « renaissance de la Patrie », mais à souligner son héritage anti-impérialiste : « je ne permettrai pas qu’on outrage ni qu’on méprise le gouvernement et les droits du Venezuela (…) Par chance, on a souvent vu un petit groupe d’hommes libres vaincre de puissants empires ».
À ce propos, revendiquer Bolívar est quelque chose d’inhérent à toutes les forces politiques au Venezuela. En fait, la Constitution de la IVe République, promulguée en 1961, le mentionne dans son préambule. Ainsi, le choix de la citation révèle l’intention du message qu’on veut transmettre. Et le message que Delcy Rodríguez a voulu lancer depuis sa tribune à l’ONU est clair pour qui veut le comprendre.
Si des extraterrestres arrivaient sur la planète Terre et entendaient pour la première fois Delcy Rodríguez à l’ONU parler de « transitions démocratiques » (avec des parallèles et des clins d’œil à la Transition espagnole avec son « la légalité peut être le chemin vers une légalité meilleure », qui fait écho au « de la loi à la loi » de Torcuato Fernández-Miranda), de « réforme juridique ordonnée », d’« ouverture politique pleine », d’un processus « en égalité de conditions pour tous » et de laisser derrière soi « le chemin qui a permis à l’extrémisme et à l’intolérance de s’imposer sur la coexistence démocratique et pacifique », ils pourraient penser que tout ce qui s’est passé dans son pays jusqu’au 3 janvier 2026 est ce que l’opposition vénézuélienne a toujours dit qui se passait au Venezuela. Plus qu’un discours d’auto-critique des erreurs ou des excès de la Révolution Bolivarienne, l’approche est celle d’une contestation.
Mener le Venezuela « vers une étape de démocratie pleine, reconnue par son propre peuple et par le monde » signifie nier qu’une telle « démocratie pleine » ait existé auparavant. Cela signifie nier ce que vous avez été et les principes que vous avez défendus, pas seulement la manière de les défendre. Se référer à la situation politique antérieure de son pays comme à une « crise de coexistence politique qui a perturbé la vie nationale et notre interaction avec le monde » revient à ignorer que tout processus révolutionnaire provoque une réaction brutale, celle que le Venezuela a subie de la part des classes dirigeantes, autochtones et étrangères, depuis 1998.
Évidemment, la situation d’étranglement économique à travers plus de 1000 mesures coercitives unilatérales des États-Unis, en plus de l’enlèvement de Maduro, est ce qui a conduit la direction vénézuélienne à ce point. Mais il semble aussi évident que Chávez et Maduro sont arrivés à négocier avec les États-Unis, l’opposition et le patronat sans perdre la souveraineté et sans s’écarter de l’idée de Révolution. Le discours de Rodríguez envoie un message différent : il faut tourner la page pour construire le « renaissance du Venezuela ». La priorité est de consolider cette « nouvelle étape de bien-être », qui est la mise de l’actuel Gouvernement à travers des relations bilatérales avec les États-Unis basées sur la « négotiation » et la « diplomatie ». Mais aussi avec l’union fraternelle de ceux qui, jusqu’à récemment, demandaient des bombardements et des sanctions. « Je veux que des ruines de la division, nous élevions les fondations d’une République nouvelle, plurielle, profondément spirituelle et en paix avec elle-même ».
Rodríguez interpelle aussi la communauté internationale, « le Venezuela est prêt à marcher main dans la main avec ceux qui croient en un relacionamiento international respectueux, sans ingérences ni préjugés ». Il n’est pas clair si la phrase est adressée à la puissance hégémonique qui a pris les rênes économiques – et semble aussi politiques – de la nation, ou bien à ceux qui, de l’extérieur, pointent du doigt cette situation, évidente par ailleurs malgré les marges de manœuvre relatives, et réduites, que peuvent avoir les autorités vénézuéliennes sur place.
Et une curiosité finale, le discours écrit qui apparaît sur le site web de l’ONU diffère en quelques mots ou phrases de ce que Delcy Rodríguez a lu. C’est normal. Cependant, il est frappant qu’elle ait décidé de ne pas lire un paragraphe entier qui figure dans le discours écrit :
« Il y a des moments dans l’histoire des peuples où la tragédie, paradoxalement, devient le point de rupture vers quelque chose de nouveau. Non pas parce que la douleur est désirable, mais parce qu’elle nous oblige à regarder en face l’essentiel et à laisser derrière nous ce qui ne nous sert plus. Le Venezuela vit aujourd’hui l’un de ces moments ».
Que chacun tire ses conclusions…
J’ai les miennes. Le Gouvernement intérimaire du Venezuela est en train de paver la voie vers une VIe République dans laquelle, à en juger par ces paroles, le projet révolutionnaire ne semble pas avoir sa place. En tout cas, c’est au peuple vénézuélien de valider cette mise ou de la réfuter, comme il l’a toujours fait.

![Lecornu à Matignon, Retailleau à Beauveau, FACE A L’IRREPRESSIBLE COLERE POPULAIRE, AMBIANCE DE DICTATURE ET DE GUERRE [ #10septembre ]](https://initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2025/09/20250910-argentpourlessalairesblindescentauremarseille6bis-350x250.jpg)



