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Accueil articles 2-lutte des classes et renaissance communiste

Randstad : une restructuration qui menace les droits de 80 000 salariés [Interview avec la CGT Randstad]

2 novembre 2026
Temps de lecture9 mins de lecture
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Ce projet prévoit la disparition des comités sociaux et économiques (CSE) existants et du comité social et économique central (CSEC), ainsi que la cessation de nombreux mandats représentatifs. Il entraînerait également la mise en cause des accords collectifs actuellement en vigueur.

Kevin Jonchère, secrétaire de l’Union locale CGT de Tulle (Corrèze), membre du CSE de Randstad Inhouse, de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) et de la commission logement, a bien voulu nous accorder cet entretien. Nous l’en remercions.


Initiative Communiste – Randstad, le géant international de l’intérim gavé d’aides publiques, s’apprête à mettre en œuvre, dès janvier 2027, une fusion-absorption pudiquement baptisée « projet Intégral ». Quelles atteintes aux droits des salariés se cachent derrière ce vocable ?

KJ – Derrière le projet « Intégral », le géant mondial de l’intérim prépare une restructuration qui pourrait balayer vingt-cinq années d’accords collectifs négociés au sein du groupe, affaiblir la représentation des salariés et remettre en cause les moyens de prévention des accidents du travail.

Une offensive patronale particulièrement brutale dans un groupe qui bénéficie largement des politiques publiques d’allègement du coût du travail.

IC – À combien s’élèvent les aides publiques dont bénéficie Randstad ?

KJ – Randstad bénéficie pleinement des dispositifs de réduction dégressive des cotisations patronales sur les bas salaires. À l’échelle du groupe en France, ces allègements représenteraient près de 1,8 milliard d’euros cumulés.

Cette situation illustre une logique économique bien connue : les politiques publiques favorisent l’accumulation privée, tandis que les travailleurs sous-payés doivent continuellement défendre les droits qu’ils ont conquis.

IC – Pour Randstad, il ne serait question que de « simplification juridique », d’« efficacité opérationnelle » et de « transformation du modèle économique ». Que cache ce discours ?

KJ – Une véritable opération de démolition sociale se dissimule derrière les discours de modernisation.

Chez Randstad, le grand capital avance ses pions. Et, comme toujours, les mots sont soigneusement choisis pour masquer la réalité.

En fait, c’est une offensive majeure contre les droits collectifs des travailleurs qui se profile.

IC – Que prévoit concrètement le projet de fusion-absorption en cours de préparation ?

KJ – Baptisée « Intégral », la restructuration envisagée pour le 1er janvier 2027 prévoit notamment l’absorption de Randstad, Select TT et Side Temp par une nouvelle entité, Randstad Talent Services (RTS), ainsi qu’une réorganisation des fonctions support au sein du groupe.

Ce n’est en rien une simple opération administrative.

Selon les éléments présentés par la direction elle-même dans son dossier d’information-consultation, cette réorganisation entraînerait la disparition de plusieurs comités sociaux et économiques, la cessation de nombreux mandats syndicaux et la mise en cause d’accords collectifs négociés pendant plus de vingt-cinq ans.

Près de 80 000 salariés voient ainsi leurs droits sociaux violemment attaqués.

IC – La direction de Randstad prévoit une période transitoire qui affecterait lourdement la représentation des salariés. Quelles en seraient les conséquences ?

KJ – Effectivement. Comme l’a révélé L’Humanité dans son enquête du 20 octobre 2026, la direction a proposé un dispositif de représentation transitoire qui ramènerait de 326 à 35 le nombre de représentants appelés à intervenir pendant la période précédant les prochaines élections professionnelles. C’est l’un des aspects les plus préoccupants du projet, car le provisoire pourrait bien devenir permanent.

Il s’agit bel et bien de faire taire les travailleurs et leurs défenseurs : élus du personnel et militants syndicaux qui interviennent quotidiennement pour faire respecter les droits des salariés.

IC – La restructuration apparaît comme une formidable opportunité de saccager les outils de défense des salariés. Est-ce un ballon d’essai dans un secteur qui occupe une place stratégique dans l’organisation contemporaine du travail, en offrant aux entreprises utilisatrices une main-d’œuvre flexible, mobilisable au gré des fluctuations de la production, contrainte par la nécessité de trouver un emploi et souvent sous-payée ?

KJ – Les salariés intérimaires subissent de plein fouet la précarité des missions, l’incertitude sur leurs revenus et des difficultés spécifiques pour faire respecter leurs droits.

La direction semble considérer les droits syndicaux, acquis de haute lutte, comme de simples éléments d’organisation dont elle pourrait se débarrasser pour avoir les mains libres.

Pour les travailleurs, ces droits représentent au contraire des conquêtes collectives et des moyens indispensables de résistance face à l’arbitraire patronal.

Le cabinet d’expertise SECAFI, mandaté dans le cadre de la consultation du CSEC, alerte d’ailleurs sur les conséquences de la disparition annoncée des instances : perte massive d’heures de délégation, affaiblissement de la prévention et risque de vide représentatif pendant la période de transition.

La stratégie de Randstad paraît mûrement réfléchie. L’occasion de réduire au silence les salariés et leurs représentants semble trop belle pour que la direction ne cherche pas à la saisir. Cette stratégie s’inscrit dans la logique politique actuelle et correspond pleinement aux aspirations du grand patronat.

L’expertise du projet soulève d’ailleurs une question fondamentale : alors que les bénéfices financiers directement attribuables à la fusion juridique apparaissent limités, les conséquences sociales de l’opération pourraient être considérables.

IC – L’activité multiprofessionnelle de Randstad génère pourtant de nombreux risques pour la santé et la vie des travailleurs. Quelles pourraient être les conséquences de cette restructuration sur la prévention des accidents du travail ?

KJ – Environ 8 700 accidents du travail et sept décès ont été recensés au sein du groupe Randstad en 2024.

Derrière ces chiffres, il y a des familles endeuillées, des salariés blessés, des vies parfois définitivement bouleversées.

Il existe une réalité que les discours patronaux sur la performance passent volontiers sous silence : l’intérim est un secteur particulièrement exposé aux risques professionnels.

Les salariés sont régulièrement envoyés sur des postes qu’ils connaissent mal, dans des entreprises où les cadences, les contraintes de production et les impératifs économiques pèsent lourdement sur les conditions de sécurité.

Dans ce contexte, les commissions santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) jouent un rôle essentiel. Elles contribuent aux enquêtes menées après les accidents, à l’identification des risques professionnels et au suivi des mesures de prévention.

Les représentants du personnel peuvent également exercer leurs droits d’alerte et interpeller les employeurs lorsque la santé ou la sécurité des travailleurs est menacée.

L’affaiblissement de ces moyens ferait nécessairement peser un risque accru d’accidents du travail, y compris mortels.

IC – Les intérimaires sont-ils les seuls salariés du groupe à être exposés aux conséquences de cette restructuration ?

KJ – Non. Les salariés permanents et les intérimaires sont confrontés à une même offensive.

Temps de travail, jours de repos, rémunération variable, télétravail, garanties sociales : autant de dispositions qui pourraient être renégociées à la suite de la mise en cause des accords collectifs existants.

Certes, la loi prévoit des mécanismes de maintien temporaire des accords après une fusion. Mais cette période de transition n’empêche nullement une dégradation durable des garanties collectives.

C’est notamment le cas du risque de passage de 23 à 12 jours de RTT pour certains salariés permanents, soit onze journées de repos en moins chaque année. Onze jours de vie personnelle et familiale sacrifiés sur l’autel de la réorganisation !

Les salariés intérimaires sous contrat de mission pourraient, eux aussi, subir des conséquences particulièrement graves.

L’une des inquiétudes exprimées par les militants syndicaux concerne les conditions de participation aux futures élections professionnelles.

Dans l’intérim, la discontinuité des missions fait partie du quotidien. Un travailleur peut effectuer, pendant des années, des missions auprès de la même entreprise de travail temporaire sans nécessairement être sous contrat chaque semaine.

Or, la restructuration pose la question de la prise en compte de cette ancienneté pour les salariés qui n’auraient pas de mission en cours au moment du transfert.

Certains intérimaires pourraient ainsi rencontrer des difficultés pour faire reconnaître leur ancienneté électorale et, par conséquent, pour voter ou présenter leur candidature lors des futures élections professionnelles.

Il serait particulièrement scandaleux que des salariés ayant contribué pendant des années à l’activité et à la richesse du groupe se retrouvent écartés de leur propre représentation collective en raison d’une réorganisation décidée au sommet.

Si la direction de Randstad parvient à ses fins, c’est l’ensemble des travailleurs du secteur qui pourrait être concerné demain.

IC – Face à cette offensive patronale, seul le chemin de la lutte semble s’offrir aux travailleurs et à leurs représentants. Comment la CGT envisage-t-elle les semaines et les mois à venir ?

KJ – La CGT s’oppose fermement au plan de restructuration de Randstad France.

Ses militants exigent la préservation des droits issus des accords collectifs, le maintien d’une représentation effective des salariés, la continuité des moyens de prévention et la garantie des droits électoraux des intérimaires.

La CGT appelle également les salariés à une vigilance particulière concernant leurs contrats de travail et les éventuels avenants qui leur seraient proposés.

Face à la création de nouvelles entités, notamment Randstad France et Randstad Services, elle appelle les salariés permanents à ne signer aucun avenant à leur contrat de travail sous la pression.

Les modifications du contrat nécessitant l’accord du salarié ne peuvent lui être imposées unilatéralement. Il importe donc de distinguer les simples changements des conditions de travail des véritables modifications contractuelles.

Concernant les salariés intérimaires sous contrat de mission et les salariés en contrat à durée indéterminée intérimaire (CDI-I), la CGT exige le maintien strict et écrit de l’ensemble des droits, des garanties et des dispositions conventionnelles applicables.

Elle considère que les incertitudes entourant le transfert des contrats et la continuité des droits collectifs font peser de sérieux risques sur les garanties sociales des travailleurs concernés.

La lutte à venir sera rude. Ses modalités seront précisées dans les prochaines semaines.

Cette bataille rappelle une évidence fondamentale : deux intérêts de classe s’affrontent. D’un côté, le capitalisme, ses représentants patronaux et ses relais politiques ; de l’autre, les travailleurs, qui n’ont que leur savoir-faire et leur force de travail à vendre.

La lutte des classes est au cœur de ce processus.

Chez Randstad comme ailleurs, les droits sociaux ne sont pas des variables d’ajustement au service du capital. Ils sont le fruit des luttes ouvrières. Et ce que les travailleurs ont conquis collectivement, ils devront le défendre collectivement.


Projet Intégral Randstad 2027 : Vos droits doivent suivre le livret de la CGT

Tags: CGTCGT RandstadchômageinteriminterviewLutte des classesprécarité
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