Les incendies dévastent les dernières grandes forêts primaires d’Indonésie, la poursuite des ravages du capitalisme
En ce mois d’octobre 2026, Sumatra et Kalimantan (Bornéo) brûlent toujours, avec des proportions massives, sans précédent. Les données officielles évoquent déjà plus de 200 000 hectares touchés en milieu d’année ; des estimations indépendantes montent bien plus haut, jusqu’à près de 900 000 hectares d’ici août selon certaines plateformes de suivi. Les foyers d’incendies se multiplient dans les provinces prioritaires – Kalimantan centre, sud et ouest, Sumatra Sud, Jambi –, favorisé par un El Niño particulièrement intense qui provoque une séchesse violante dans ces forêts primaires qui sont les plus grandes et les dernières d’Asie. La brume toxique traverse les frontières, fermant des écoles en Malaisie et à Singapour, tandis que les cas de maladies respiratoires dépassent les 270 000 dans les provinces touchées.

Les causes sont anciennes et structurelles. Le drainage des tourbières pour l’agriculture et les plantations, combiné aux pratiques de défrichement par le feu (souvent illégales), transforme des écosystèmes naturellement résistants en poudrières. L’industrie de l’huile de palme, dont l’Indonésie est le premier producteur mondial, a été et reste un moteur majeur de la déforestation et de la fragmentation des forêt, mais aussi de la spoliation des terres des populations aux profits des grands groupes capitalistes Rappelons qu’alors que le gouvernement Sukarno appuyé par les communistes menait la réforme agraire, le coup d’etat et génocide anticommuniste de 1965-66 il y a 60 ans a plongé l’Indonésie dans l’horreur et mis le pays en coupe réglé des capitalistes occidentaux, en cheville avec les oligarques locaux. Sous la pression des pays voisins, et des mouvement de protections de la nature, l’actuel président Prabowo Subianto – un hériter d’extrême droite de Suharto – a lancé une saisie des millions d’hectares de plantations illégales en zone forestière – les transférant en grande partie à une entreprise d’État devenue le plus grand acteur mondial par surface –, les pressions persistent. Prabowo a osé déclaré que la déforestations n’existe pas puisque les palmiers à huile ont des feuilles ! Et affirmé que l’Indonésie doit encore étendre ses plantations industrielles de palmiers à huile. Au delà de la destruction du puits de carbone que sont les forêts primaires equatoriales d’Indonésie (capable de stocker 300 tonnes de CO2 par hectares !), c’est la destruction de très larges pan de la biodiversité de ces écosystème très riches. Ce qui menace l’ensemble de l’Humanité, et encore plus directement les populations indonésiennes de Sumatra et de Kalimantan.
L’expansion du biodiesel (vers le B50), les objectifs d’autosuffisance alimentaire et énergétique, et des déclarations minimisant l’impact des palmiers (« ce sont des arbres, ils ont des feuilles ») entretiennent une dynamique favorable à l’agro-industrie d’exportation, profondément intégrée aux chaînes mondiales de commodités.

Les ravages écologiques sont visibles et poignants. Dans l’habitat des orangs-outans de Bornéo, les feux ont touché des zones contenant une part très importante de la population restante. Des équipes ont secouru des dizaines d’individus en West Kalimantan (46 entre août et début octobre selon les autorités locales et YIARI), souvent isolés dans des plantations ou des fragments forestiers encerclés. Des mères et leurs petits ont été évacués de zones brûlées ou menacées, puis relâchés dans des forêts protégées comme Batu Nyambu. L’IUCN a alerté que des habitats abritant plus de la moitié de la population de Bornéo étaient affectés. Ces images de primates accrochés à des arbres isolés, brûlés aux pattes, ou déplacés dans des paysages de monoculture résument la liquidation progressive de l’un des derniers grands blocs de forêts primaires tropicales de la planète

Mais cela ne doit pas faire oublier la situation terrible des populations indonésiennes. Frappées par la population, exploitées, et réduite pour beaucoup à la pauvreté alors que d’immenses profits sont réalisés par l’exploitation de cette agro industrie. Sur le terrain, les populations locales, notamment les communautés Dayak de Kalimantan, subissent la brume, la perte de ressources et la dégradation des territoires coutumiers. Des organisations indigènes et de la société civile ont engagé des actions en justice, comme à Kalimantan Barat, dénonçant la négligence dans la prévention et la gestion des feux récurrents. Le gouvernement mobilise des moyens (avions, équipes au sol), identifie des suspects et des entreprises, mais refuse pour l’instant de déclarer une catastrophe nationale, alors que la saison sèche prolonge les risques jusqu’en novembre.
C’est dans ce contexte que se tiendra, le 18 octobre 2026, une conférence dans les locaux de l’UL CGT 18, organisée avec les associations Solidarité Indonésie et Yayasan Arus Kualan. Des figures du peuple Dayak y prendront la parole, dont Mme Thyana , fondatrice de l’école coutumière Arus Kualan à Kalimantan Barat (Ketapang). Elle présentera le film d’Arus Kualan « Kalimantan : the past, the present, the future », qui interroge les trajectoires du territoire, entre mémoire des savoirs locaux, pressions actuelles et perspectives pour les communautés. Un point détaillé sera également fait sur la situation catastrophique des incendies à Kalimantan : étendue des surfaces brûlées, impacts sur les tourbières, les communautés et la faune, et les réponses (ou absences de réponses) des autorités.
La solidarité internationale et la voix des premiers concernés sont essentielles face à une crise capitaliste qui démontre une fois de plus le caractère dangereusement exterministe de ce système.




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