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Parcoursup et réforme Blanquer-Mathiot : organiser la pénurie, mettre la jeunesse en concurrence, marchandiser l’éducation

27 octobre 2026
Temps de lecture11 mins de lecture
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Commission éducation du PRCF

Chaque année, des centaines de milliers de jeunes voient leur avenir suspendu à des notifications, des listes d’attente et des décisions d’admission qu’ils ne maîtrisent pas. On leur parle de mérite, de liberté de choix et d’orientation personnalisée. Mais derrière ces discours, une autre réalité se dessine : un enseignement supérieur qui ne répond pas à toutes les aspirations, un service public soumis à l’austérité et un marché privé de la formation qui prospère sur l’inquiétude des familles.

Parcoursup n’est pas une simple plateforme informatique. C’est le volet de sélection d’une transformation plus profonde : la réforme du lycée et du baccalauréat portée par Blanquer et Mathiot. Pour comprendre ce que subit la jeunesse, il faut examiner ces deux réformes ensemble et interroger la logique politique qu’elles traduisent.

Du droit d’étudier à la concurrence généralisée

Une question fondamentale se pose : pourquoi les jeunes doivent-ils se battre pour obtenir une place dans une formation, au lieu que la puissance publique se donne les moyens de répondre à leurs aspirations ?

En 2026, Parcoursup a enregistré 1 046 000 candidats, soit 66 000 de plus qu’en 2025, pour environ 25 000 formations. Ces chiffres ne signifient pas que toutes les filières manquent de places. Ils montrent néanmoins l’ampleur des besoins et imposent de poser la question des capacités d’accueil.

Sous APB, le tirage au sort intervenait dans certaines formations non sélectives lorsque les demandes excédaient les capacités disponibles. Parcoursup l’a remplacé par le classement des dossiers selon les critères des formations. Mais classer les candidats ne crée aucune place supplémentaire. La pénurie demeure ; seule change la manière de la répartir.

Au lieu de demander des comptes aux pouvoirs publics sur les moyens consacrés à l’enseignement supérieur, on invite chaque jeune à optimiser son dossier, à revoir son projet, à accepter une proposition par défaut ou à partir loin de chez lui. Celui qui n’obtient pas la formation souhaitée risque ainsi d’interpréter l’échec collectif comme une insuffisance personnelle.

On a remplacé le tirage au sort par le classement des dossiers. On n’a pas remplacé la pénurie par l’abondance.

Blanquer-Mathiot et Parcoursup : les deux faces d’une même réforme

Parcoursup ne peut être compris indépendamment de la réforme du lycée et du baccalauréat portée par Jean-Michel Blanquer et Pierre Mathiot. La réforme du lycée différencie les parcours et les spécialités ; Parcoursup exploite les dossiers ainsi constitués pour départager les candidats à l’entrée dans le supérieur. L’une différencie les trajectoires, l’autre les classe.

Cette évolution bouleverse le sens de la scolarité. Le lycée devrait être le lieu où l’on acquiert des connaissances, où l’on apprend à raisonner, où l’on se forme et où l’on progresse. L’évaluation devrait d’abord aider l’élève à repérer ses difficultés et à les surmonter. Lorsque cela est nécessaire, le redoublement peut permettre de consolider les acquis. La certification doit, elle, attester un niveau de formation.

Avec la logique des parcours individualisés, les notes, les spécialités, les appréciations et les activités du candidat prennent une importance accrue dans l’accès aux formations. L’élève doit anticiper les attentes des établissements, choisir les matières qui valoriseront son dossier et construire le profil jugé le plus attractif. Il ne s’agit plus seulement d’apprendre : il faut déjà préparer sa candidature et se vendre sur le marché de la formation.

Cette logique rejoint les orientations qui privilégient les compétences individualisées et l’employabilité. La transmission d’une culture commune risque de céder le pas à l’accumulation d’atouts destinés à rendre chacun adaptable au marché du travail. La comparaison avec un « livret ouvrier » moderne résume cette critique politique : au lieu de garantir une qualification reconnue collectivement, on pousse chacun à constituer son portefeuille personnel de compétences et à faire valoir sa valeur sur un marché concurrentiel.

Le lycée devrait transmettre des connaissances, pas transformer chaque note et chaque choix en entretien d’embauche, alors que le contrôle continu a pour effet mécanique d’aligner la valeur du « bac-Blanquer » sur celle du lycée d’origine ! .

L’exigence pour tous, pas la sélection sociale

Le droit d’étudier pour tous les jeunes qui le souhaitent ne signifie nullement renoncer à l’exigence. C’est même l’inverse. Une politique éducative ambitieuse doit permettre au plus grand nombre d’acquérir des connaissances solides et certifier honnêtement les niveaux atteints. Ouvrir l’accès aux études et élever le niveau ne sont pas deux objectifs contradictoires : ils doivent aller de pair.

Or le système actuel brouille les fonctions de l’évaluation. Les notes servent à la fois à accompagner les apprentissages, à contribuer au baccalauréat et à classer les candidats pour l’enseignement supérieur. Les enseignants sont ainsi soumis à des pressions contradictoires : faire progresser les élèves, évaluer leurs acquis et produire des résultats qui pèseront sur leur avenir.

Les chiffres invitent à la vigilance. Dans la voie générale, la proportion de bacheliers obtenant une mention est passée de 53,9 % en 2018 à 67 % en 2023. Elle avait atteint 68,3 % en 2020, année exceptionnelle marquée par la pandémie et des modalités d’examen particulières. Cette évolution ne prouve pas, à elle seule, une baisse générale du niveau : les conditions d’examen, les règles d’évaluation et les profils des candidats doivent être pris en compte. Elle justifie toutefois d’interroger les conditions dans lesquelles le diplôme certifie les acquis.

La DEPP a également relevé des écarts entre les notes du contrôle continu et celles des épreuves terminales, variables selon les disciplines. Dans les données étudiées, les notes de contrôle continu sont souvent supérieures aux notes d’examen en philosophie et en histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ; en mathématiques, la tendance est souvent inverse. Ces écarts ne sont donc ni uniformes ni suffisants, à eux seuls, pour conclure à une baisse générale du niveau. Ils posent néanmoins la question de la comparabilité des dossiers lorsque les notes servent aussi à classer les candidats.

Dans ce système, les élèves et les familles qui maîtrisent le mieux les critères de sélection, les stratégies d’orientation et les codes des établissements peuvent disposer d’un avantage. C’est un risque d’inégalité supplémentaire, même si son ampleur doit être établie précisément selon les formations et les situations.

Le danger est double : fragiliser la confiance dans la valeur nationale du diplôme et transformer l’évaluation en instrument de concurrence, au détriment de sa fonction pédagogique. Ce n’est pas en multipliant les classements que l’on fait progresser les connaissances.

Rétablir l’autorité du baccalauréat national anonyme, c’est redonner aux enseignants la capacité de certifier un niveau selon des exigences communes, à partir des connaissances enseignées, plutôt que de la valeur stratégique d’un dossier.

Le PRCF défend, et c’est dans son programme actualisé, un baccalauréat national anonyme fondé sur des épreuves nationales en fin d’année. Ce cadre commun ne supprimerait pas toutes les inégalités scolaires, mais il contribuerait à limiter le poids de la réputation des établissements et des stratégies familiales. Il réaffirmerait la distinction entre apprendre, progresser et certifier.

L’objectif n’est pas de distribuer des diplômes sans exigence. Il est de donner à chacun les moyens de réussir, de reconnaître les acquis réels et de permettre à ceux qui en ont besoin de consolider leurs connaissances. À terme, cette ambition doit élever le niveau de qualification du pays tout entier, plutôt que réserver les formations les plus exigeantes à ceux qui maîtrisent déjà les codes de la sélection.

Des inégalités qui commencent bien avant l’enseignement supérieur

La place des mathématiques illustre les effets possibles de la différenciation des parcours. Un rapport conjoint de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche et de l’Inspection générale des finances, publié en 2025, relève que, dans les données étudiées, 37 % des garçons contre 22 % des filles suivaient la spécialité mathématiques en terminale. Les filles recevaient en moyenne 2,8 heures de mathématiques par semaine en première et terminale, contre 4 heures pour les garçons.

Ces écarts ne peuvent être imputés à Parcoursup seul : les stéréotypes de genre, les inégalités sociales et les choix d’orientation interviennent également. Ils soulignent cependant un enjeu majeur : lorsque les parcours se différencient tôt, les choix de spécialités peuvent peser durablement sur les possibilités d’études.

L’égalité ne consiste pas simplement à laisser chacun choisir. Elle suppose de donner à toutes et tous les moyens d’acquérir les connaissances nécessaires pour poursuivre les études souhaitées.

Quand le public recule, le marché avance

La mise en concurrence ne s’arrête pas aux portes des établissements. Elle s’inscrit dans la marchandisation croissante de l’enseignement supérieur. En 2024-2025, 799 700 étudiants étaient inscrits dans le supérieur privé, soit 26,5 % de l’ensemble des étudiants. Depuis 2014, les effectifs du privé ont progressé beaucoup plus rapidement que ceux du public.

L’apprentissage et l’alternance ont également connu une expansion spectaculaire. En 2024, 657 900 étudiants préparaient un diplôme du supérieur en apprentissage, soit neuf fois plus qu’en 2005. Plus des trois quarts des apprentis du supérieur étaient inscrits dans des établissements privés.

L’apprentissage peut constituer une voie de formation pertinente. Mais il ne saurait se substituer à un enseignement public initial accessible à tous. Sa croissance, soutenue par des financements publics importants, pose la question de l’utilisation de l’argent collectif, du contrôle des formations et de la qualité des certifications délivrées.

La multiplication des établissements privés appelle une vigilance particulière : toutes les formations ne délivrent pas un diplôme national ni un titre reconnu au même niveau. Des affaires ont mis en lumière les dérives possibles d’un secteur où les promesses commerciales peuvent brouiller la distinction entre diplôme reconnu, titre certifié et simple attestation. Les familles doivent pouvoir vérifier précisément la reconnaissance de la formation qu’elles financent.

Selon la Cour des comptes, le coût total de l’alternance pour les finances publiques a atteint environ 17,1 milliards d’euros en 2024. Ce montant concerne l’ensemble de l’alternance, et non les seules aides aux établissements privés. Il soulève néanmoins une question politique : comment justifier de tels financements sans garantir partout des conditions d’étude dignes et des capacités d’accueil publiques à la hauteur des besoins ?

L’austérité plutôt que l’émancipation ?

Pour le PRCF, ces transformations s’inscrivent dans une orientation politique plus générale : l’austérité, la mise en concurrence des services publics et l’ouverture de nouveaux marchés. Le principe de concurrence libre et non faussée, inscrit dans les traités européens, participe de ce cadre idéologique. Il n’explique pas à lui seul chaque réforme éducative, mais il traduit une conception de la société dans laquelle la concurrence est présentée comme une réponse naturelle aux problèmes collectifs.

Dans le même temps, les dépenses militaires et la course aux armements occupent une place majeure dans les choix politiques français et européens, notamment dans le cadre de l’OTAN et de l’Union européenne. Le PRCF oppose à cette orientation une autre priorité : investir dans l’éducation, la recherche, la coopération internationale et la satisfaction des besoins sociaux.

Il ne s’agit pas de prétendre que chaque euro consacré à la défense pourrait être automatiquement transféré à l’école. Il s’agit de contester des choix politiques qui présentent la pénurie scolaire comme une fatalité tout en exigeant des jeunes qu’ils en supportent les conséquences.

Pour le droit d’étudier et l’élévation du niveau de tous

Supprimer Parcoursup ne signifie pas supprimer toute organisation des admissions. Cela signifie changer de logique : partir des besoins de formation de la jeunesse et des moyens nécessaires pour y répondre, au lieu de faire de la sélection des candidats le principe central du système.

Le PRCF défend le développement des capacités d’accueil publiques, le recrutement d’enseignants et de personnels, un véritable accompagnement de l’orientation, la défense des diplômes nationaux et le retour à un baccalauréat national anonyme. Il défend une école exigeante pour tous, qui permette d’apprendre, de progresser et de poursuivre ses études sans que l’avenir dépende de la fortune des parents.

La jeunesse n’a pas besoin d’une compétition toujours plus précoce. Elle a besoin de savoirs, de temps pour apprendre et de professeurs en nombre suffisant. L’exigence véritable ne consiste pas à sélectionner toujours plus tôt ceux qui réussiront : elle consiste à donner au plus grand nombre les moyens d’atteindre un haut niveau, en faisant confiance aux enseignants comme à la jeunesse.

Rétablir l’autorité du baccalauréat national anonyme, c’est renforcer la capacité des enseignants à certifier les connaissances sur des bases communes, restaurer la confiance dans le diplôme et réduire la pression de la course au dossier parfait. C’est faire de l’évaluation un outil de formation et de certification, et non le moteur d’une compétition sans fin.

L’élévation du niveau de connaissance est un progrès pour toute la société, face aux défis scientifiques, industriels, sociaux et climatiques. Elle exige un service public doté de moyens, des diplômes nationaux reconnus et des formations accessibles.

Ce n’est pas à la jeunesse de payer le prix du manque de places. C’est à la société de lui donner les moyens d’étudier, de progresser et d’élever le niveau de qualification du pays tout entier.

La lutte pour l’abrogation de Parcoursup est indissociable du combat contre la réforme du lycée Blanquer-Mathiot. Elle s’inscrit dans la lutte contre les inégalités, contre l’éviction des jeunes des classes populaires, stigmatisés par leur lycée d’origine ,et contre un système qui tend à subordonner leur avenir aux besoins du marché et aux intérêts de la classe dominante.

C’est aussi une lutte contre l’austérité et la mise en concurrence qui, pour le PRCF, sont encouragées dans le secteur éducatif comme dans d’autres secteurs par l’orientation économique des traités européens, notamment le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

C’est enfin une lutte contre la marche à la guerre et le gaspillage de ressources dans la course aux armements et les guerres impérialistes, qu’il s’agisse de l’élargissement de l’UE vers l’Est ou du maintien de la domination de l’OTAN, notamment au Moyen-Orient.

Commission éducation du PRCF

Tags: commission éducationéducationenseignementétudiantsparcourssup
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