
Par Fadi Kassem, secrétaire général du PRCF, et Georges Gastaud, secrétaire du secteur idéologique du Pôle de Renaissance Communiste en France
Un immense désir de rupture
La pré-campagne présidentielle marque l’intense désir de rupture de notre peuple confronté en tous points — industrie, agriculture, services publics, conquis sociaux, démocratie, lien social, langue, territoires, culture… — à une désintégration euro-atlantique de la Nation que précipite l’illégitime gouvernement Macron-Lecornu en préparant le « saut fédéral européen ».
Face à cela, on observe à la fois la crise aiguë des partis macronistes ou quasi-macronistes (des euro-bellicistes « verts » aux LR en passant par le P.S.) et la montée en puissance des forces symétriques — et que nous ne renvoyons en aucun cas dos à dos ! — de LFI et du RN, que maints sondages voient déjà s’affronter au second tour. Le clan des euro-cabris paniqués envisage même, BCE, FMI et Commission européenne à l’appui, de lancer dans la campagne la figure ouvertement post-nationale de Christine Lagarde dite « Lady The Guard », tant cette ex-ministre des Finances de Sarkozy puis ex-patronne du FMI devenue la présidente en titre de la BCE, sacrifie systématiquement la langue française à l’anglo-américain dans sa com’. Toujours est-il que l’offre politique présentement disponible ne satisfait pas notre peuple, et spécialement notre classe ouvrière, orpheline qu’elle est depuis des décennies d’un authentique Parti communiste associant les valeurs de progrès social, de paix, d’indépendance nationale et de solidarité internationale.
Cette inadéquation de l’offre politique se marque notamment au pullulement de candidatures présidentielles ou pré-présidentielles dont chacune représente, dans le meilleur des cas, un segment de ce à quoi aspire confusément la grande majorité des Français, oligarchie capitaliste, fausse gauche et droite dure exclues : une forme de Conseil National de la Résistance et de la Reconstruction centré sur le monde du travail, refusant le racisme, le séparatisme régionaliste et les communautarismes ethniques, restaurant la souveraineté nationale et populaire, relançant la marche séculaire de la France au progrès social et s’engageant urgemment pour un monde multipolaire garant de la paix mondiale.
I – Pourquoi l’offre politique actuelle est-elle gravement inadéquate ?
1) Le RN : un parti faussement social et faussement patriote!
L’offre du RN est faussement sociale et patriotique. Faussement sociale car tout un courant du R.N., que ralliera mécaniquement Le Pen (qui déteste le mouvement ouvrier et syndical !), veut à la fois l’union des droites chère à Bardella et la soumission totale au MEDEF. Par ailleurs, le RN est faussement patriote : aucune sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN n’est prévue par Le Pen. En réalité, le RN à l’Elysée et à Matignon, ce serait, comme c’est le cas en Italie avec la néo-mussolinienne Giorgia Meloni, l’aggravation de l’intégration euro-atlantique mâtinée de xénophobie raciste destinée à diviser la classe ouvrière tout en ménageant le grand capital. Au risque froidement assumé du fascisme et/ou de la guerre intercommunautaire!
2) LFI : le jeu perdant de l’opposition des communautés
Côté LFI, le thème clivant de la « nouvelle France » (tout autre chose hélas qu’une « France nouvelle » fédérant sur des bases anti-oligarchiques les classes populaires aux couches moyennes) joue hélas le jeu perdant de l’opposition entre communautés ;un jeu peut-être gagnant (?) pour accéder au second tour, mais ouvrant un boulevard à Marine Le Pen au second tour. Le refus de L.F.I. de nationaliser les secteurs stratégiques de l’économie, d’engager la rupture avec l’UE (Mélenchon ne cesse d’affirmer qu’il ne quittera pas l’UE, enterrant ainsi la formule de 2017 « l’UE, on la change ou on la quitte ! »), font que d’emblée, LFI renonce à construire un rapport des forces fondé sur l’intervention de la classe laborieuse (80% des ouvriers et 65% des employés ont refusé la « Constitution européenne » le 29 mai 2005), pourtant indispensable pour que la France nouvelle tienne tête à l’U.E. et aux forces oligarchiques dont elle est l’instrument. Et sans cette confrontation mettant sur la table le retrait français de l’U.E., comment la « gauche radicale » française échapperait-elle, si Mélenchon accédait à l’Elysée, à la capitulation honteuse qui fut naguère celle du premier ministre grec Alexis Tsipras face à la « Troïka » composée de la Commission de Bruxelles, de la B.C.E. et du F.M.I. ?
3) PCF : la persistance dans l’euro-mutation et la marginalisation
Alors qu’il vient de proclamer sa candidature à l’élection présidentielle, Fabien Roussel, qui représente le PCF affilié au parti de la Gauche Européenne et incurablement allié au Parti socialiste sur le plan électoral, persiste dans l’euro-mutation funeste engagée dès les années 1970 et démultipliée depuis Robert Hue. Ainsi, il n’est pas plus clair que Mélenchon sur la rupture avec l’UE puisque ce parti continue, en rupture totale avec ce que furent les positions historiques de Jacques Duclos et de Benoît Frachon, mais aussi avec celles de Georges Marchais et d’Henri Krasucki, à prôner la « réorientation progressiste de la construction européenne » dans le cadre de l’UE. Comme si cette construction n’avait pas été dès l’origine arrimée à l’O.T.A.N. et tournée contre le socialisme, contre la détente en Europe, et contre le mouvement ouvrier de tout le sous-continent européen… Le tout, en menant des campagnes marginalisant électoralement le PCF, qui n’atteint pas les 2,5% (scrutins européistes de 2019 et 2024 et présidentielle de 2022) et qui, cette fois-ci, prend le risque d’un fort émiettement fatal pour 2027. Si Fabien Roussel portait une ligne de franche rupture avec l’UE, l’OTAN et le capitalisme avec, de surcroît, la perspective du socialisme-communisme en France, combien il réussirait à rallier les travailleurs et, ainsi, à assécher le faussaire RN ! Au lieu de cela, dans les conditions actuelles, sa candidature ne peut nullement représenter un obstacle au RN (qui se présente aussi, mensongèrement, en défenseur du « pouvoir d’achat » et du travail) et, tout au contraire, balkaniser davantage le paysage de la « gauche radicale » pourtant euro-soumise…
Tout cela, la classe ouvrière le pressent et si aucune réponse n’est apportée à ce déficit général d’insoumission, soit l’abstention populaire demeurera massive, soit le RN fera main basse sur le vote populaire, un « dégagisme » confus finissant par l’emporter au paraissant arithmétiquement à même de remporter l’élection. Et c’est parce que Mélenchon laisse hors-champ l’« indépendantisme français » dont il se targuait en 2017, ou encore la défense de la République une et indivisible (cf. le soutien de LFI aux séparatistes corses ; et demain, aux euro-régionalistes bretons et alsaciens, voire occitans ?) que peuvent éclore des pré-candidatures disruptives comme celles de François Ruffin ou de Natacha Polony… Et pourtant, aucun de ces candidats ou pré-candidats ne porte, ne serait-ce que la proposition de débattre du Frexit progressiste et d’affronter la politique belliciste et grossièrement russophobe et sinophobe de Macron et de l’UE-OTAN A l’arrivée, surtout si elle n’est accompagnée d’aucune clarification sur la rupture avec l’UE, cette multiplication de candidatures euro-compatibles pourra-t-elle faire autre chose que catapulter le RN à l’Elysée ?
II – Alternative rouge et tricolore
Ce n’est donc pas pour promouvoir égoïstement ses propres slogans — marche aux « quatre sorties » (de l’U.E.-euro-O.T.A.N. et du capitalisme), « Frexit progressiste! », « brisons les chaînes de l’Union européenne! », « Europe atlantique ou monde pacifique il faut choisir », « l’argent pour les salaires, pas pour la guerre » — que les signataires de ce texte invitent les militants communistes et insoumis, mais aussi les syndicalistes de lutte, les amis de la paix et les patriotes au sens républicain de ce mot (donc, par définition, antifascistes), à militer ensemble pour qu’émergent au plus tôt dans le pays les thèmatiques d’une alternative rouge et tricolore ouvrant la voie d’un Frexit progressiste. Sans crainte, s’agissant des communistes, d’orienter franchement la lutte vers le socialisme et contre le capitalisme.
C’est indispensable pour que la classe ouvrière s’impose dans la campagne en percutant la xénophobie fasciste des uns et l’euro-constructivisme paralysant des autres. A travers sa campagne nationale de tractage et d’affichage, le P.R.C.F. propose aussi de mettre en place une Convergence communiste d’action pour la paix, contre l’U.E.-O.T.A.N. et pour la nationalisation démocratique des secteurs-clés de l’économie.
III – Pour la relance urgente du mouvement populaire
Tout cela demeurera impossible si, comme il l’a fait en 2025-2026 par la faute des états-majors syndicaux inféodés à l’UE et totalement résignés à l’économie de guerre macroniste, le mouvement populaire reste l’arme au pied alors que les budgets maastrichtiens successifs n’en finissent pas d’écorner le pouvoir d’achat populaire, les services publics, les retraites, la Sécu, et que le « produire en France » industriel et agricole est désormais menacé d’effondrement pur et simple.
L’heure n’est donc pas aux « journées d’(in-)action » sans but revendicatif fort, aux corporatismes étriqués, au syndicalisme d’accompagnement placé sous l’égide, dite « intersyndicale », d’une CFDT euro-formatée. L’heure est à la construction par en bas, à l’initiative des syndicalistes de classe, du « tous ensemble en même temps » associant les revendications sociales et salariales exigeantes, le refus de l’économie de guerre et l’exigence que le peuple travailleur dans toutes ses composantes prenne clairement la main dans notre pays.
Urgence de la renaissance communiste
C’est ainsi qu’il faut absolument que les vrais communistes, héritiers à l’international, de Marx, Lénine et Fidel, et, en France même, de Robespierre, Jaurès, Thorez et Croizat, fassent entendre leur voix originale et leur programme de combat. C’est ce que fait le PRCF à travers sa campagne nationale de tractage et d’affichage.
Cela n’est nullement exclusif des convergences avec d’autres secteurs démocratiques, laïques, pacifiques et républicains du pays, pour autant qu’ils rejettent à la fois la marche euro-atlantiste à la guerre, mais aussi le nationalisme xénophobe qui dévoie le patriotisme populaire contre ces frères de classe que sont les travailleurs immigrés des usines, des chantiers et d’autres secteurs.
Vous qui lisez ceci, aidez-nous à porter plus fort dans le mouvement populaire les thématiques vitales pour la paix et pour le pays de l’Alternative rouge et tricolore.
![RÉSISTANCES, CONTRE-ATTAQUES et… DEVOIR D’AVANT-GARDE [Comité central du PRCF]](https://initiative-communiste.fr/wp-content/uploads/2026/06/PRCF-cuba-palestine-350x250.jpeg)




