
Fille d’Ernesto Che Guevara, pédiatre et figure engagée de la révolution cubaine, Aleida Guevara s’exprime rarement pour donner des leçons. Dans un entretien accordé au média belge Investig’Action, elle donne à l’inverse des explications documentées sur les faits, avec une clarté tranchante. Elle décrit une ile de Cuba et son peuple révolutionnaire exemplaire, étranglés par le blocus américain appuyé de facto par les pays occidentaux dont le régime de l’Union Européenne et la France voisine dans les Caraibes qui laisse faire. La fille du Che défend une conception de la résistance radicalement opposée à celle qui domine, avec les sociaux démocrates en Occident, et lance un appel net : les peuples doivent cesser de se contenter de votes et de mots. Ils doivent agir. Elle rappelle que l’Internationale est le genre humain, et que c’est à chacun de s’organiser, de s’unir pour agir et confronter l’exploitation de l’homme par l’homme, le colonialisme, l’impérialisme et ses guerres et aux exactions.
Le dévoir des peuples : l’internationalisme. Cuba, Gaza si, MAGA no !
L’internationalisme n’est pas, selon elle, une « exportation de révolution ». C’est un devoir éthique qui n’attend rien en retour. Cuba, rappelle-t-elle, avait déjà voté contre le plan de partage de la Palestine à l’ONU en 1947. Le Che s’était rendu à Gaza en 1959. Aleida Guevara démontre ainsi la justesse factuelle du slogan lancé en France dans une vaste campagne d’affichage diffusant des centaines de milliers d’autocollants, des dizaines de milliers d’affiches par les militantes et militants du PRCF.

Elle-même a travaillé comme pédiatre en Angola et ailleurs. Aujourd’hui, elle refuse les messages lointains et commodes.« Il est très facile d’adresser un message aux peuples du Liban, d’Iran et de Palestine de loin. Le message doit être clair : être à leurs côtés. Voilà le véritable message. » Son père, dit-elle, comparait la fausse solidarité au geste des spectateurs des cirques romains, qui levaient ou baissaient le pouce. « La solidarité, c’est vivre la vie d’un peuple qui a besoin de solidarité. »
Il faut briser le blocus contre la Palestine, faire prendre conscience de ce qui se passe au Liban et en Iran, cesser de « tourner le dos à cette réalité ». Combien d’enfants, de femmes, d’êtres humains meurent chaque jour, demande-t-elle, « parce qu’il y a un président fou furieux qui s’arroge le droit de mettre fin à la vie d’un peuple » ? Le plus fort des messages n’est pas un communiqué. C’est la présence.Cette exigence de proximité, elle la retourne immédiatement vers Cuba.
Face au blocus de Cuba chaque jour plus cruel et criminel, l’impératif immédiat de solidarité internationale, la complicité criminelle de la France de Macron, de l’Union Européenne
La situation de l’île, affirme-t-elle, « est très difficile » et « pire que jamais ». Le blocus américain, maintenu depuis des décennies, est devenu « chaque jour plus cruel ». Il frappe désormais de plein fouet l’énergie. « Cela fait des mois qu’aucune goutte de pétrole n’entre » dans un pays qui ne produit que quatre millions de tonnes d’un pétrole lourd, riche en soufre, mal adapté à des raffineries anciennes. Les pannes se multiplient. Sans carburant, « c’est pratiquement tout le pays qui est paralysé » : transports urbains, déplacements individuels, hôpitaux, vie quotidienne. « Toute la vie du peuple est paralysée. C’est facile à dire, mais très difficile à vivre. »Cuba développe le solaire et l’éolien, avec l’objectif de réduire sa dépendance aux fossiles d’ici 2030. Mais les batteries de stockage sont d’un coût prohibitif. Le programme avance trop lentement.
Aleida Guevara ne se contente pas de décrire la crise. Elle en désigne la responsabilité politique. Aux Nations unies, de nombreux pays votent contre le blocus. « Mais ils ne font rien pour y mettre fin. Ils ont peur d’être écrasés par la puissance des États-Unis. » Tant que cette peur l’emportera, le peuple cubain continuera de souffrir. « Cela dépend de vous, de la solidarité des peuples, de la force dont vous ferez preuve pour exiger que vos gouvernements tiennent les engagements qu’ils prennent aux Nations unies et mettent fin à ce blocus criminel. »L’entretien évoque le cas suisse : banques qui coupent les transactions par crainte des représailles américaines, absence de mécanisme comparable au règlement européen de blocage des sanctions extraterritoriales, zèle des établissements financiers face à l’OFAC. Aleida Guevara ne rentre pas dans le détail juridique. Elle insiste sur le principe. Les condamnations verbales ne suffisent pas. Il faut de l’action : coopération, dérogations humanitaires pour le carburant et les médicaments, sortie de Cuba de la liste des pays « soutenant le terrorisme », aide médicale directe. Le blocus, rappelle l’intervieweuse, coûte plus de 20 millions de dollars par jour depuis trois générations. La réponse d’Aleida Guevara est politique et pratique : les peuples doivent forcer leurs gouvernements à passer des paroles aux actes.Sa vision d’un monde idéal découle de son métier. Pédiatre, elle imagine d’abord un monde où les enfants grandissent « dans le bonheur le plus total », où les maladies évitables ne tuent plus, où chacun peut étudier, se loger, vivre dans la solidarité. « Un monde sans guerre, un monde de paix. Mais une paix dans la dignité. Je ne veux pas d’une paix sans dignité. » Un monde où les êtres humains puissent dire : « Vive la vie ! »
Les USA de Trump et Rubio prétendent inscrire Cuba sur la liste des etats soutenant le terrorisme. Quand le monde entier sait que ce que Cuba soutien c’est l’accès à la santé, partageant ses brigades médicales de l’afrique à l’amérique latine et jusque dans les antilles françaises ou en italie. Développant des traitements innovants, formant les étudiants des pays pauvres.
« Le terrorisme, c’est ce que fait le gouvernement israélien contre la Palestine. Le terrorisme, c’est ce que font les gouvernements américain et israélien contre le Liban et contre l’Iran. » Et plus encore : « le terrorisme, c’est ce que tous les peuples européens, en détournant le regard de cette réalité, permettent. » Ignorer la souffrance, laisser partir les armes, applaudir ou se taire : cela aussi est du terrorisme. Interrogée un jour à la radio du Vatican sur le « terrorisme islamique », elle avait répondu : « La même chose que je pense du terrorisme catholique. » Le terrorisme, ce sont les crimes et les assassinats. Mais qui sont les véritables terroristes ? « Ceux qui laissent tout un peuple mourir de faim. Ceux qui laissent les bombes continuer à s’abattre. Ceux qui applaudissent et soutiennent les criminels de l’humanité. » Ceux qui défendent leur terre « centimètre par centimètre », avec ce qu’ils ont sous la main, ne le sont pas. « C’est vous qui êtes le terroriste si vous ne comprenez pas ces choses-là. Vous êtes un terroriste si vous laissez des enfants et des femmes innocents continuer à mourir en Palestine. »
Et nous nous ajoutons, à Cuba, par la faute du blocus par les Etats Unis et leurs complices de Bruxelles à l’Elysée.
Lors d’une conférence à Berne, Aleida Guevara l’avait déjà formulé : si un peuple ne veut pas la guerre et que son gouvernement exporte des armes, ce n’est pas une démocratie. L’entretien rappelle l’intensification des relations commerciales et militaires entre la Suisse et Israël, y compris dans l’armement et les biens à double usage. Pour elle, le silence et la complicité économique font partie du problème.
Cuba socialiste, un moteur révolutionnaire pour les peuples opprimés, pour le Sud global comme pour les travailleurs des pays de l’Axe impérialiste
L’île a été membre fondateur du Mouvement des non-alignés, qu’elle a présidé à deux reprises.
Le « Sud global », explique Aleida Guevara, désigne les peuples qui ne connaissent pas le « faste » du développement industriel de l’Europe, des États-Unis et du Canada. « Nous qui sommes la matière première consommée pour que ces pays continuent à s’enrichir. » La lutte de ce Sud doit commencer par l’unité. Sans elle, pas de force suffisante pour arrêter l’exploitation des ressources, le pillage des terres, la dévastation. L’unité seule permettra de « créer un monde plus juste pour tous », où chacun aurait droit à la santé, à l’éducation, à un toit, à la possibilité de nourrir ses enfants et de soigner ses aînés.
C’est un appel pratique qui rejoint celui formulé auprès du mouvement communiste international par le PRCF, celui d’organiser l’unité des prolétaires de tous les pays, qui avait trouvé sa force avec l’Internationale Communiste. Permettant les révolutions, la décolonisation, et mettre la classe capitaliste sur le reculoir.
« Si nous ne brisons pas les barrières qui nous divisent, celles qui nous ont maintenus dans cette situation pendant des siècles, nous ne pourrons pas construire un monde différent. La lutte du Sud global est la lutte de l’humanité. »
Aleida Guevera rend surtout hommage à la résistance du peuple cubain — « cohérente et intacte malgré toutes les épreuves ». Aleida Guevara, elle, ne demande pas de compassion, d’émotion. Elle demande de la présence, du courage politique et une solidarité qui ne se limite pas au doigt levé dans les tribunes internationales. Pour Cuba socialiste comme pour les peuples qu’elle inscrit dans le même camp, le message est le même : être à leurs côtés, concrètement, maintenant.
En un mot se défendre, avec et au coté de Cuba socialiste.
JBC pour www.initiative-communiste.fr




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