Les violences policières, ou plutôt d’État — tant c’est tout un système qui est mis en place pour donner des ordres de répression féroce contre le mouvement populaire, d’un côté, et organiser l’impunité, de l’autre, à l’image du lycéen de Lens qui a eu la main arrachée par une grenade ou des manifestants éborgnés, gazés, etc. — sont le signe le plus clair de la montée de la fascisation, voire du préfascisme.
Le PRCF, comme d’autres organisations, à l’instar de la Ligue des droits de l’Homme, d’Amnesty International ou encore de l’ONU (!), dénonce ces violences. Il appelle également à un profond changement de l’institution policière et des forces de sécurité, afin de les faire passer du statut de « forces de l’ordre » à celui de « gardiennes de la paix », notamment en la purgeant de ses éléments ultraviolents, racistes, fascistes et factieux.
Cela étant dit, les slogans idiots du type « ACAB » (All Cops Are Bastards, « Tous les flics sont des bâtards », en anglais, bien sûr !) ou encore « Tout le monde déteste la police » sont objectivement du côté de la répression.
D’abord, parce qu’il reste encore des éléments républicains au sein des forces de sécurité, à l’image de fonctionnaires du renseignement intérieur qui, récemment, ont non seulement refusé d’attribuer à La France insoumise, à la demande du régime Macron, les scènes de chaos du 17 octobre, mais n’ont pas non plus eu peur de dénoncer cette tentative.
Ensuite, parce que si « tout le monde déteste la police », alors les policiers ont toutes les raisons de nous détester en retour, y compris les républicains qui se cachent encore parmi eux. Un tel discours d’intensifie ainsi une répression brutale et débridée, soude entre eux les éléments factieux et les républicains, tout en renforçant le régime Macron-Le Pen.
C’est dans cette perspective que nous reproduisons et partageons ci-dessous la tribune d’un policier désemparé : « Nous ne sommes pas leur garde prétorienne ».
« Nous ne sommes pas leur garde prétorienne »
Écoutez-moi, collègues.
Je ne veux pas parler de procédures ni de maintien de l’ordre, mais de ce que nous sommes et refusons de devenir.
Nous avons choisi ce métier pour protéger, servir et rendre justice. Pas un président, un ministre ou un parti.
La République.
Alors posons-nous cette question : protégeons-nous encore la République ou ceux qui la gouvernent ?
Regardons nos services, nos conditions de travail et nos collègues épuisés. Regardons aussi les commerces détruits, les familles inquiètes, les travailleurs qui ne vivent plus dignement de leur salaire et les citoyens qui ne croient plus aux promesses.
Une colère profonde traverse le pays : celle d’un peuple qui ne se sent plus entendu, représenté ni considéré.
Et que fait-on de cette colère ? On la détourne. On nous place en première ligne face à des citoyens dont nous ne partageons pas toujours les revendications, mais dont nous partageons la condition.
On nous demande de contenir la colère sans traiter ses causes et de rétablir l’ordre sans interroger ce qui le fragilise. Pendant ce temps, ceux qui décident restent loin des pavés et des projectiles.
Ceux qui prennent les coups ne prennent pas les décisions. Ceux qui prennent les décisions ne prennent pas les coups.
Nous devenons les visages d’un pouvoir qui n’écoute plus. Le peuple finit par voir en nous son adversaire, et nous par voir en chaque manifestant une menace.
Voilà le piège : nous opposer à ceux que nous avons juré de protéger, pendant que les responsables échappent aux conséquences de leurs décisions.
Ne tombons pas dedans.
Je ne vous demande ni de fermer les yeux sur les violences, ni d’abandonner un collègue blessé, ni de détourner le regard devant un commerce pillé.
Mais le policier blessé, le commerçant ruiné et le citoyen qui manifeste pacifiquement ne sont pas des adversaires. Les violents ne représentent pas tous ceux qui réclament du changement.
Nous pouvons protéger les manifestants pacifiques, défendre les commerces, arrêter les auteurs de violences et secourir les blessés. Nous pouvons faire respecter la loi sans humilier et maintenir l’ordre sans criminaliser la colère.
Notre mission n’est pas de faire taire le peuple. Elle est de garantir qu’il puisse s’exprimer sans violence.
L’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen rappelle que la force publique est instituée « pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ».
Relisons ces mots : pour l’avantage de tous.
La force publique ne nous appartient pas, pas plus qu’à ceux qui gouvernent. Elle nous est confiée pour protéger les droits de chacun, pas les privilèges de quelques-uns.
Lorsqu’elle sert l’intérêt général, elle protège la République. Lorsqu’elle sert des intérêts particuliers, elle devient un instrument de pouvoir.
Nous ne sommes pas les gardiens des privilèges. Nous sommes les gardiens des droits et des libertés.
Et nous avons, nous aussi, le droit d’être en colère : contre le manque de moyens, les injonctions contradictoires, les heures supplémentaires et le manque de reconnaissance.
Pourquoi absorber indéfiniment les conséquences de décisions que nous n’avons pas prises ?
Nous ne sommes pas responsables de toutes les fractures de la société, mais nous sommes responsables de nos actes et de la manière dont nous exerçons notre autorité.
Nous sommes policiers, mais aussi citoyens, travailleurs, parents et voisins. Nous connaissons le prix des courses, des loyers et du carburant, ainsi que les difficultés du quotidien.
Nous ne sommes pas une caste à part. Nous faisons partie du peuple que nous servons.
Notre devoir de réserve n’est pas un devoir d’aveuglement. Notre discipline n’est pas l’abdication de notre conscience. Notre loyauté n’est pas le silence face à l’illégalité.
Notre institution doit rester impartiale.
Nous ne devons jamais utiliser notre uniforme au service de nos opinions personnelles. Mais la neutralité de notre mission ne signifie pas l’indifférence au sort de la République.
Nous avons le droit de demander des comptes, de défendre nos droits et de participer à la vie démocratique dans le respect de nos obligations.
Alors prenons notre place dans la société, non comme une force opposée au peuple, mais comme une institution qui garantit ses droits.
Ne laissons ni les violences confisquer la parole des citoyens, ni la peur servir de prétexte à des restrictions disproportionnées.
Il n’y a pas deux peuples : ceux qui portent l’uniforme et les autres.
Il y a une même société, avec ses blessures, ses colères et ses espoirs.
Nous en faisons partie. Nous la servons.
Nous ne sommes pas leur garde prétorienne. Nous sommes les serviteurs de la République.
Et la république, depuis plusieurs semaines, elle est dans la rue.





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