Des centaines de personnes se sont rassemblées à Prague le samedi 5 septembre, lors d’une manifestation organisée par le Parti communiste de Bohême-Moravie (KSČM) contre la militarisation croissante du pays, les politiques du président Petr Pavel et ce que le parti dénonce comme la subordination de la République tchèque à l’OTAN et à l’Union européenne. De très nombreux thcèques craignent que la politique belliciste adoptée par les autorités officiant à Prague en lien avec Bruxelles et la guerre conduite par l’UE et l’OTAN en Ukraine, ne conduisent à une escalade plongeant l’Europe et la République Tchèque dans la guerre.

Le rassemblement, qui s’est tenu à Malostranské náměstí sous le slogan « Halte au Maïdan tchèque », visait également l’influence des médias et des forces politiques contrôlés par les oligarques, accusés d’aggraver la polarisation sociale.
S’adressant à la foule, le président du KSČM, Roman Roun, a dénoncé Pavel comme une « marionnette » politique et a condamné la poursuite du programme d’armement du gouvernement ainsi que son alignement sur la politique de guerre de l’OTAN. « Nous voulons une République tchèque souveraine et indépendante qui cesse d’être une colonie de l’Occident, de l’OTAN et de l’Union européenne », a déclaré Roun.
Parmi les orateurs figurait la députée européenne Kateřina Konečná, qui a vivement critiqué le président et les priorités du gouvernement, tandis que les manifestants scandaient des slogans contre Pavel. Selon les informations recueillies sur place, le rassemblement a rassemblé plusieurs centaines de personnes.
Cette manifestation reflétait la ligne politique plus large adoptée par le KSČM lors de son 12e congrès, tenu plus tôt cette année. Le parti revendique une politique étrangère souveraine, le retrait de l’OTAN, l’interdiction de la présence prolongée de troupes étrangères sur le territoire tchèque et la nationalisation des secteurs stratégiques de l’économie.
L’opinion tchèque sur la guerre en Ukraine est aujourd’hui divisée, polarisée politiquement et marquée par une fatigue durable, sans pour autant basculer dans un rejet massif de l’Ukraine. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte politique nouveau : les élections d’octobre 2025 ont porté au pouvoir une coalition ANO–Motoristé–SPD plus sceptique, qui a réduit le financement tchèque direct de l’aide militaire tout en maintenant le rôle de coordinateur de l’initiative munitions.
L’intérêt pour le conflit reste élevé et relativement stable : 63 % des Tchèques s’y intéressent (STEM, juin 2026 ; CVVM, novembre 2025). La guerre est largement perçue comme une menace : 80 % la voient comme un danger pour la paix mondiale, 75 % pour la sécurité européenne et 69 % pour celle de la République tchèque (CVVM, novembre 2025). La propagande de guerre anti russe, a un effet durable, avec une perception toujours majoritaire de la responsabilité de la Russie dans la guerre. Cependant après une forte solidarité initiale, on observe une « fatigue de guerre » claire dès 2023-2024. L’optimisme sur une victoire ukrainienne complète ou un règlement rapide s’est érodé. En juin 2026, 65 % préfèrent une fin rapide du conflit, même au prix de pertes territoriales ukrainiennes, contre 35 % favorables à un soutien jusqu’à la reconquête de tous les territoires (STEM). Ce rapport de force en faveur d’un compromis territorial s’est renforcé depuis 2024-2025.
Le soutien à l’aide humanitaire et diplomatique reste majoritaire. En décembre 2025, un sondage NMS pour Novinky indiquait 57 % favorables à l’aide humanitaire et 56 % au soutien diplomatique. Seuls 18 % estimaient que le nouveau gouvernement Babiš ne devrait pas aider l’Ukraine du tout. L’aide financière directe au régime de Kiev est nettement moins populaire (27-33 % selon les enquêtes NMS et STEM). Beaucoup de Tchèques distinguent clairement l’aide humanitaire de l’argent versé au gouvernement ukrainien.
C’est le point le plus polarisé. Environ 40 % des répondants souhaitent réduire ou arrêter l’aide militaire (STEM, juin 2026). L’initiative munitions tchèque (coordination d’achats financés principalement par d’autres pays) bénéficie d’un soutien plus élevé : 62 % favorables à sa poursuite selon Kantar CZ (janvier 2026), contre 36 % d’opposants. Le gouvernement Babiš a finalement maintenu le rôle de coordinateur à condition que le financement ne vienne plus du budget tchèque.
Intervention militaire directe et « coalition des volontaires » : un rejet majoritaire large
C’est le sujet le plus rejeté. Selon le CVVM (octobre-novembre 2025) :
- Envoi de soldats tchèques dans une mission de maintien de la paix : 41 % favorables, 48 % opposés.
- Engagement combat : seulement 16 % favorables, 75 % opposés.
Ces chiffres sont légèrement plus négatifs qu’en mars 2025. Un sondage Lord Ashcroft de septembre 2025 montrait déjà une opposition majoritaire à un déploiement tchèque dans une force de maintien de la paix post-cessez-le-feu. La participation à une « coalition des volontaires » européenne pour garantir un éventuel accord de paix reste donc politiquement largement condamnée par l’opinion, même sous forme de mission non combattante.




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