Dans sa chronique du 20 octobre 2026 sur La Riposte (Radio Nova, animée par Akim Homiri), Jojo Bernard n’a pas seulement fait rire. Il a mis en scène, sous les habits d’un conte pour enfants, le verrou que presque tout le monde connaît et que presque personne (à part les courageux communistes du PRCF) n’ose nommer clairement dans le débat public français : celui de l’Union européenne et de l’euro.
Le petit citoyen – baptisé petit chaperon rouge parce qu’il a enfilé le bonnet phrygien – ne demande rien d’extravagant : une maison accessible sans s’endetter sur vingt-cinq ans, dans un pays où la croissance est anémique et les loyers exorbitants. Sur le chemin, il croise d’abord une vieille dame blonde bien coiffée qui brandit le grand méchant Mouloud et promet qu’« on n’a jamais essayé ». Il croise ensuite un homme imberbe qui brandit la grande méchante dette publique et explique que « si la France s’endette, tu t’endettes avec elle ». Les deux premiers sont démasqués sans grande difficulté : l’un instrumentalise la peur identitaire, l’autre recycle le discours de la rigueur budgétaire qui a déjà été testé. Le troisième personnage est plus intéressant. C’est le vieux monsieur aigri que tout le monde appelle le grand méchant loup. Il promet exactement ce que le petit chaperon veut entendre : 400 000 logements sociaux, matériaux et entreprises made in France, pôle bancaire public avec taux d’intérêt très bas. Le petit chaperon pose alors la question que presque personne ne pose en public : « Mais c’est légal ça dans l’Union européenne de favoriser le made in France et de faire concurrence aux banques ? » Réponse du loup : « Non. » « Mais du coup, vous voulez quitter l’Union ? » Réponse du loup : « Non. » Et de conclure sur la formule « la République c’est moi, je fais ce que je veux. Donc vote pour moi. Après tout, tu es désespéré. »C’est là que la chronique cesse d’être seulement drôle et devient structurelle. Elle dit, sous forme de fable, ce que les communistes du PRCF répètent depuis des années et que le reste de la gauche « de transformation » préfère contourner : le programme social de LFI est séduisant sur le papier (logement, services publics, relance industrielle, etc.), mais il se heurte frontalement aux règles de concurrence, d’aides d’État, de libre circulation des capitaux et de discipline budgétaire qui structurent l’UE. Dès lors que l’on refuse de briser ce cadre, les promesses se heurtent soit à l’illégalité européenne, soit au chantage des « marchés » (c’est-à-dire des banques et des fonds qui détiennent la dette), soit aux deux. On peut toujours invoquer la « désobéissance » ou le « plan B ». En pratique, tant que l’euro et les traités restent en place, la liberté budgétaire n’existe pas, le financement public d’un grand programme de logement ou de services publics non plus, et la souveraineté monétaire encore moins.Le point n’est pas nouveau. Il est largement connu dans les milieux militants et syndicaux qui ne sont pas arrimés à la CES pro-UE. Il est combattu, ou au minimum minimisé, par des forces qui se disent de gauche : le PCF dans sa version actuelle, EELV, l’état-major de la CFDT. Il est tabou chez LFI précisément parce que le nommer clairement obligerait à assumer un choix politique de rupture : sortir de l’UE et de l’euro pour retrouver une marge de manœuvre budgétaire et monétaire. Sans cela, on reste dans la logique de l’austérité négociée, des privatisations déguisées et de la subordination aux règles de concurrence européennes. Avec cela, on peut discuter sérieusement de salaires, de droits sociaux, de services publics et de souveraineté démocratique populaire.La chronique a le mérite de le dire sans détour, après avoir réglé son compte aux deux autres figures (celle qui agite l’immigration et celle qui agite la dette). Elle montre aussi, dans la scène finale chez la grand-mère, comment le récit dominant s’est déplacé : le grand méchant loup n’est plus seulement dans la forêt des programmes politiques, il est déjà dans la télévision et dans le cerveau de mémé, qui traite le petit citoyen de fainéant dès qu’il réclame autre chose que l’adaptation aux contraintes existantes.On peut contester le diagnostic, estimer qu’une réforme profonde de l’UE est encore possible, ou juger que les coûts d’une sortie seraient plus élevés que ses bénéfices. Mais on ne peut plus prétendre que le verrou budgétaire et superstructurel européen est un détail technique ou un sujet de second rang. La vie chère, la pénurie de logements accessibles, la dégradation des services publics et la faiblesse de la croissance ne sont pas des accidents. Ils sont aussi le produit d’un cadre qui limite structurellement la capacité d’un État à dépenser, à orienter l’investissement et à protéger son marché intérieur. La chronique de Jojo Bernard a simplement eu l’audace de le rappeler sous forme de conte. Le choix politique reste le même : ou bien on assume la rupture pour retrouver une marge de manœuvre, ou bien on continue à promettre des politiques sociales à l’intérieur d’un cadre qui les rend largement impraticables. Le petit chaperon rouge, lui, a compris qu’il fallait poser la question.
Radio Nova – Jojo Bernard le 20 octobre 2026
Bonsoir les enfants.
Je vais vous lire une petite histoire. ?
Il était une fois un petit citoyen
français qui avait eu le malheur de
naître trop tard. Ah le !
Ce petit français n’avait jamais connu
la croissance. Il doublera son niveau de
vie dans 80 ans et face au loyer
exorbitant, il pouvait avoir une maison
accessible mais sans s’endetter pendant
plus de 25 ans.
Alors le petit citoyen français eut
tellement peur de son avenir qu’il
enfila un petit bonnet phrygien rouge et
depuis, on l’appela le petit chaperon
rouge.
Un jour, le petit chaperon rouge alla
rendre visite à sa grand-mère pour jouer
au Rummikub et manger des gâteaux
Nutriscordés.
Sur la route, il croisa une vieille dame
blonde bien coiffée qui l’arrêta.
Attention au grand méchant Mouloud qui
rôde là partout dans la forêt. Ah
! Mais mais ? Parce qu’il va te
convertir en petit chaperon voilé. Oh
non !
Mais moi je cherche juste à acheter une
maison sans m’endetter sur 25 ans.
Et ben vote pour moi. Et puis après
tout, on a jamais essayé.
D’accord, répondit le petit chaperon
rouge. Je vais réfléchir. Et il partit.
Plus loin, il croisa un homme imberbe
qui lui semblait un peu familier.
Attention petit chaperon rouge, la
grande méchante dette publique rôde dans
la forêt. ? Mais
Moi je m’en fous, je veux juste acheter
une maison sans m’endetter sur 25 ans.
Mais il faut faire un effort petit
chaperon rouge parce que si la France
s’endette, tu t’endettes avec elle.
Mais je vous reconnais.
Vous étiez pas Premier ?
Mais du coup la dette, c’est la vôtre
pas la mienne.
Vote pour moi. ? Et j’ai envie de dire
après tout, on a déjà essayé. C’est pas
pour une fois de plus que hein
« D’accord. » répondit le petit Chaperon
rouge.
« Et je vais réfléchir. »
Et il partit. Plus loin, il croisa un
vieux monsieur aigri. Tout le monde
disait « Oh non, pas lui, c’est le grand
méchant loup. »
C’est subtil. Il a mis du temps.
« Bonjour, je cherche à acheter une
maison accessible sans m’endetter
pendant 25 ans. Mais personne sans
pouvoir comprendre mon problème ni
pouvoir m’aider. » « Mais moi, moi je vais
t’aider. Je vais construire 400000
logements sociaux hein avec des
matériaux made in France, des
entreprises made in France et on va même
créer un futur pôle bancaire public avec
des taux d’intérêt très faibles avec
lesquels tu pourras acheter ton ton
logement. » « Ah mais c’est ! » s’exclama
le petit Chaperon rouge.
« Mais c’est légal ça dans l’Union
européenne de favoriser le made in
France hein et et de faire la
concurrence aux banques ? » « Non. »
répondit le grand méchant loup.
« Mais du coup, vous voulez quitter
l’Union ? » « Non. » répondit le grand
méchant loup.
« Mais du coup, c’est pas possible parce
que vous allez Ah la République, c’est
moi hein, je fais qu’est-ce que je veux.
Donc vote pour moi. Après tout, tu es
désespéré. »
« D’accord. » répondit le grand méchant le
petit Chaperon rouge. Ouais, je les
confonds tous.
« Je vais réfléchir. »
Et il partit. Il arriva enfin chez sa
grand-mère, un petit peu perdu.
« Mère-grand, c’est moi le petit Chaperon
rouge, prêt à prendre ta branlée au ? »
Mais grand-mère resta inerte sur son
canapé.
« Mère-grand,
mais que tu as de grandes ? » « C’est pour
mieux attraper la télécommande, mon
enfant. »
« Mère-grand, que tu as de grands ? »
« C’est pour mieux regarder les chaînes
de télévision, mon enfant. »
« Mère-grand, que tu as une grande ? »
c’est pour mieux te traiter de fainéant
petit chaperon rouge
gros branleur [cri] fait que manifester
boum boum boum boum et c’est là que d’un
revers de la main la grand-mère enleva
toutes les complaintes du petit petit
chaperon rouge et de tous les autres
petits citoyens français car en fait le
grand méchant loup n’était plus dans la
forêt mais bien parti dans la télé puis
dans le cerveau de mémé. Bonne nuit les
enfants.
[applaudissements][acclamation]
La riposte une émission présentée par
Hakim Omiri.
Radio Nova.
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