
Robespierre est, qu’on le veuille ou non, la figure centrale de la Révolution française comme Lénine fut le chef de file incontesté d’Octobre 17 ou comme Fidel fut le « commandant en chef » de la Révolution cubaine. En 1793, année cruciale s’il en fut, où la République, la France, la Révolution et le peuple Sans Culotte de Paris était menacés d’ « exécution militaire » par les Armées du Duc de Brunswick, l’Arrageois Robespierre et le Picard Saint-Just mirent en place la levée en masse qui sauva le pays. Les Soldats de l’An II vainquirent, de Valmy à Fleurus en passant par Jemmapes et Dunkerque, sous l’immortelle devise « Liberté, égalité, fraternité ou la mort » qu’inspira Maximilien. Les premières mesures sociales de l’histoire populaires furent mises en place alors que les aristocrates royalistes ralliés à l’envahisseur anglais et austro-prussien organisaient la guerre civile de Toulon à la Vendée. La Terreur bleue, que lança Danton, répondit entre autres au massacre antirépublicain de Machecoul et à d’autres manifestations sanguinaires de la Terreur blanche (royaliste). Quand les jacobins eurent définitivement vaincu à Fleurus, la bourgeoisie, qui redoutait l’alliance des Sans Culotte et des jacobins, décida du coup d’Etat de Thermidor qui allait ouvrir la voie aux flots de sang de l’Empire. Preuve que notre bourgeoisie n’a pas peur de la dictature SUR le peuple mais seulement de la dictature DU peuple, Robespierre, qui tenta en 1792 de sauver la paix européenne et qui abolit l’esclavage, n’a pas une seule rue à son nom à Paris, Arras dissimule son buste dans une salle peu accessible de l’Hôtel de Ville alors que Napoléon, qui tyrannisa l’Europe et causa des centaines de milliers de morts, est toujours célébré comme un grand homme de notre histoire (et certes, il eut sa part de grandeur tant qu’il resta sur sa trajectoire initiale de général républicain… robespierriste!). Alors que la bourgeoisie postnationale « française » détruit la République indivisible, l’école publique, la souveraineté nationale, les acquis sociaux, qu’elle préfère l’Europe atlantique aux acquis sociaux du CNR, c’est la France des travailleurs qui continue de répondre du nom glorieux de ces grands Nordistes et Picards que la réaction essaie de criminaliser: les frères Robespierre,
Saint-Just et Couthon, tous guillotinés sans jugement, et Gracchus Babeuf, le premier communiste de l’époque moderne que fit décapiter le Directoire. Mais des crimes de la réaction thermidorienne, de l’Empire et de la Restauration, personne n’en parle bien entendu. Comme disait Hugo à l’adresse des bouchers versaillais de la Commune qui vomissaient aussi sur Robespierre, « vous jugez, Messieurs, les crimes de l’aurore! ».
Georges Gastaud, philosophe, Fadi Kassem, historien, dirigeants nordistes du PRCF.
Pas-de-Calais. Robespierre honoré à Arras, LFI revendique son héritage
« Nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de blé, à côté de son semblable qui meurt de faim », déclarait Robespierre en 1792 à la Convention nationale
À Arras, devant la maison natale de Maximilien Robespierre, la France insoumise a de nouveau honoré « l’Incorruptible » le 28 juillet 2026, à l’occasion du 232ᵉ anniversaire de son exécution. Quatre députés – Ugo Bernalicis et Aurélien Le Coq (Nord), Zahia Hamdane (Somme) et Antoine Léaument (Essonne) – ont mené plusieurs dizaines de partisans dans un rituel annuel instauré depuis 2022. Derrière les gerbes et les discours, c’est bien plus qu’une simple commémoration locale qui se joue : une bataille de mémoire qui cristallise les fractures idéologiques de la France à l’aube de la campagne présidentielle de 2027.Pour les Insoumis, Robespierre n’est pas le monstre de la Terreur que l’on peint trop souvent. « Nous ne pouvons réduire Robespierre à la seule guillotine et ainsi le juger en dehors de son époque », affirme Zahia Hamdane. L’avocat arrageois est célébré comme l’artisan de l’abolition des privilèges, l’inspirateur de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », le défenseur du droit de vote des Juifs et de l’abolition de l’esclavage. Aurélien Le Coq insiste : « Pour son époque, il était avant-gardiste. » Antoine Léaument rappelle l’admiration de Jean Jaurès et oppose cette figure à celle de Napoléon, restaurateur de l’esclavage. Dans leur bouche, Robespierre incarne encore aujourd’hui « la République sociale, le partage des richesses », face à « neuf grandes fortunes » qui concentrent l’économie tandis que onze millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté.La réaction ne s’est pas fait attendre. Médias de droite et d’extrême droite, de Valeurs actuelles aux réseaux sociaux, ont dénoncé « l’indécence » de célébrer un homme lié à la Grande Terreur, aux exécutions de masse et à la suppression des garanties judiciaires. L’essayiste Raphaël Enthoven va jusqu’à le qualifier de « psychopathe » et de « maître à penser de toute dictature contemporaine ».
Face à ces attaques, des voix communistes, comme celles de Georges Gastaud et Fadi Kassem (Pôle de renaissance communiste en France), plaident la légitime défense : en 1793, la France révolutionnaire était menacée par une coalition internationale et par la guerre civile. La levée en masse, Valmy, Fleurus, les premières mesures sociales… autant d’éléments qui, selon eux, sauvent la République. La « Terreur bleue » répondait à la « Terreur blanche ».Cette polarisation locale n’est pas anodine. Elle révèle en miniature la guerre culturelle et politique qui s’annonce pour 2027. D’un côté, une gauche radicale qui revendique haut et fort l’héritage révolutionnaire, la souveraineté populaire, la justice sociale et la défiance envers une « bourgeoisie postnationale » accusée de diluer la République indivisible (autonomie de la Corse, Europe atlantique contre acquis du Conseil national de la Résistance). De l’autre, une droite et une extrême droite qui voient dans Robespierre le spectre de l’autoritarisme, de la violence d’État et du totalitarisme, préférant d’autres figures de l’histoire nationale. Entre les deux, le centre et une partie de la gauche modérée tentent de distancier la figure, comme l’avait fait Raphaël Glucksmann en appelant à une gauche « ni Jupiter, ni Robespierre ».Alors que la campagne présidentielle se profile, ce combat autour d’un homme mort il y a plus de deux siècles n’est pas un simple débat d’historiens. Il pose des questions brûlantes : quelle mémoire républicaine pour la France d’aujourd’hui ? Comment concilier héritage révolutionnaire et rejet de la Terreur ? Qui détient le droit de définir la vertu, l’égalité et la souveraineté ? À Arras, devant la maison de Robespierre, LFI a choisi son camp. Les réactions virulentes de ses adversaires montrent que le champ de bataille est déjà tracé. La bataille de mémoire d’Arras annonce celle, bien plus vaste, qui se jouera dans les urnes en 2027.

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